Service formation et accompagnement pour l'Église protestante unie région parisienne

11 novembre 2020

FORMATION À LA PRÉDICATION 2020 -2021

La prochaine session commencera samedi 5 décembre par ZOOM

Ci-dessous le programme et le bulletin d’inscription

Les liens http seront adressés 48h avant

LES TROIS SAMEDIS : 5 décembre, 22 janvier, 13 février.

Formation_predication_2020_2021___ProgrammeBulletin d'inscription: 

Bulletin-inscription-formation  à copier, remplir et envoyer à IPT - 83 Bd Arago- 75014 PARIS

 

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10 novembre 2020

CATALOGUE 2020-2021 - FORMATIONS ORGANISÉES PAR L'EPUdF-RP

Formations 2020/2021

Recueil des formations proposées cette année par l'Eglise protestante unie en Région parisienne

Toutes les formations 2020-2021 sont prévues en visio-conférence,

En attendant de pouvoir retrouver les rencontres en salles… Inscrivez-vous sans attendre !

Catalogue_formations_20_21___Table_des_matieres

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03 octobre 2020

CONSEILLERS PRESBYTÉRAUX PAR VISIO-CONFÉRENCES: LA GALAXIE ÉVANGÉLIQUE EN FRANCE,

SAMEDI 3 OCTOBRE 2020

Avec Valérie Duval-Poujol V-Présidente de la FPF et théologienne baptiste. Elle enseigne l'éxégèse biblique à l'institut catholique de Paris et la critique textuelle à l'IPT de Montpellier ; le Pasteur Thierry Auguste, Église baptiste de Colombes, Président de la FEEB et le pasteur Xavier Lespinas Eglise Baptiste de Pontault Combault, responsable communauté Agapé.

Galaxie-evangelique-1

Galaxie-évangélique-2Bert-de-Cazenove

Introduction de la journée et méditation du Président du Conseil régional de l'EPUF - région parisienne, le pasteur Bertrand de Cazenove 

Marc-Pelce-présentation-1

Présentation des intervenants et de l'organisation pratique des visios conférences par Marc Pelce Responsable de la commission formation de l'EPUF-RP 

Première visio conférence « La galaxie évangélique en France » 

Rencontre EPUDF-IDF 03/10 plan détaillé de Valérie Duval-Poujol 

Valérie-Duval-Poujol

I « Le christianisme de demain sera évangélique » VRAI ou FAUX ?

« Au XXIe siècle, il n’y aura plus que deux sortes de chrétiens, les catholiques romains et les évangéliques ! » Wolfhart Pannenberg

600 millions d’évangéliques dans le monde ; 1 chrétien sur 4 à l’échelle mondiale est évangélique

La France compterait 650.000 protestants évangéliques environ en 2017 pour 2200 Eglises en métropole = 1/3 du protestantisme français mais ¾ des pratiquants réguliers.

1 Eglise évangélique ouverte tous les 10 jours en France ?

2 grandes familles évangéliques : 

-       les «piétistes-orthodoxes» : ils mettent l’accent sur la fidélité biblique, l’orthodoxie, la piété (prière, lecture de la Bible). 

-       les «charismatiques-pentecôtistes» : ils mettent l’accent sur l’efficacité de l’action miraculeuse de Dieu au travers du Saint-Esprit, avec la prophétie, la glossolalie (capacité à parler des langues inconnues) et la guérison. 

Un manque de visibilité par le grand public : Georgina Dufoix ;Kendji Girac ; Olivier Giroud ; Michel Forst ; Patrice Anato ; Christine Kelly 

II « Les évangéliques sont des fondamentalistes VRAI ou FAUX ? »

VRAI si l’on comprend qu’ils tiennent aux « fondamentaux » ; FAUX si ce terme prend le sens d’une adhésion au mouvement fondamentaliste. 

1920 « The Fundamentals 

« "Fondamentalistes" est le nom qu’on a donné au 20ème siècle aux évangéliques, et être évangélique, c’est être fondamentaliste. » James Packer

Qu’est-ce qui différencie un fondamentaliste d’un évangélique ? 

D’après John Stott (La foi évangélique, pp.19ss) et Dr. Gerald R. McDermott "The Emerging Divide in Evangelical Theology", Journal of the Evangelical Theological Society 56/2 2013, pp.359ss.

LES SUJETS

LA POSITION FONDAMENTALISTE

LA POSITION ÉVANGÉLIQUE

LA PENSÉE HUMAINE

Mépris de l’érudition.

Méfiance envers les sciences.

Anti-intellectualisme.

Harakiri de la raison. 

L’intelligence est un don de Dieu.

LA BIBLE

Littéralisme sans mise en contexte.

Application immédiate, sens assez « évident » des textes.

Les auteurs de la Bible étaient assez passifs.

Genèse 1-2 peuvent être lus comme contenant des éléments scientifiques.

La Bible, parole humaine et parole de Dieu, a besoin d’être interprétée.

 

 

Genèse 1-2 : récit étiologique, intérêt surtout théologique sur le pourquoi des origines, plus que sur le comment.

LE MOUVEMENT ŒCUMÉNIQUE

Rejet global, méfiance envers les autres chrétiens.

 

Engagement réel mais prudent, avec esprit critique.

LA SCISSIPARITÉ

Ecclésiologie séparatiste, isolationnisme, tendance à se diviser au premier désaccord.

Tentation du morcellement, mais tentent de faire la part des choses entre l’essentiel et le secondaire. 

LE MONDE, 

LE RAPPORT À LA CULTURE

Rejet de ce qui est « dans le monde », création d’une culture parallèle, peur d’être contaminés.

Accueil de la grâce commune dans toute culture ; présence à ce monde sans accepter toutes ses valeurs.  

LES QUESTIONS RACIALES

Supériorité de la race blanche, justification de la ségrégation raciale même au sein de l’Église.

Défense de l’égalité raciale.

LA MISSION

Évangéliser.

Rares combats sociétaux : la liberté religieuse, l’avortement.

 

Évangéliser, avec une responsabilité sociale.

Combats sociétaux divers : la pauvreté, les migrants, la Création…

L’ÉTHOS

DE LA FOI CHRÉTIENNE

Salut par grâce, avec accent mis sur des règles de vie et des restrictions.

Tentation des règles contrebalancée par un enseignement centré sur l’œuvre et la personne du Christ. 

L’ESPÉRANCE CHRÉTIENNE

Sionisme chrétien : État d’Israël comme accomplissement direct des prophéties bibliques.

Attente d’un retour personnel et triomphant du Christ, moins d’accent sur Israël, qui continue pour beaucoup de revêtir une importance théologique.

III « Les évangéliques lisent la Bible littéralement » VRAI ou FAUX ?

L’infaillibilité : la pleine fiabilité des Écritures qui ne se trompent pas, dans les originaux. 

L’inerrance : le fait de croire que la Bible est entièrement vraie et parfaite, qu’elle ne contient aucune erreur 

« L’inerrance signifie ceci : quand les écrivains sacrés, dans l’Écriture, de manière explicite ou implicite, prétendent énoncer quelque chose de juste ou vrai, c’est à bon droit qu’ils le font. Tout ce qu’ils affirment (dans leur situation et selon les conventions de leur langage) mérite l’entier assentiment du lecteur (Oui et Amen). Les traducteurs et les copistes, certes, n’ont pas évité de commettre des erreurs (en général mineures) ; mais on ne peut pas imputer celles-ci, bien évidemment, à l’Écriture en tant qu’Écriture » Henri Blocher

Quelles traductions de la Bible ? Segond 1910, Darby, Semeur, NFC

L’herméneutique des évangéliques :

1.L’accent sur la force normative de la Bible

« Tout ce que l’Écriture ne commande pas, n’autorise pas, elle l’interdit. » 

« Tout ce que la Bible n’interdit pas, elle le permet »

2.La valorisation d’un rapport direct au texte, une identification personnelle avec les acteurs du texte

Selon une enquête du même Willaime[1], 13% des luthéro-réformés comptent sur une guérison miraculeuse en cas de maladies, contre 73% des évangéliques. 

3. Le rapport à l’Histoire, à l’historicité du texte

« Il y a dans la Bible des textes qui indiscutablement s’inscrivent dans le cadre de l’Histoire, comme la vie des patriarches, la sortie d’Égypte, les péripéties de la destinée d’Israël, par-dessus tout la naissance, la vie, la mort, la résurrection et l’ascension de notre Sauveur, la Pentecôte et les débuts de l’ère chrétienne. Si les événements relatés dans l’Écriture sur ces sujets ne se sont pas produits, celle-ci n’est pas crédible. » Jules-Marcel Nicole

4. L’analogie des Écritures tient une place capitale dans une exégèse évangélique

5. Le rapport Tradition/Écriture 

Sola Scriptura ou Nuda Scriptura ?

6. Une herméneutique christocentrée 

7. Un rapport magico-religieux avec l’objet "bible" lui-même

IV « Les évangéliques sont des gros lecteurs de la Bible » VRAI ou FAUX ?

Selon une enquête du sociologue Jean-Paul Willaime en 2010, 17% des luthéros-réformés disent la lire au moins une fois par semaine contre 74% des évangéliques (ici « évangéliques » inclut les évangéliques, pentecôtistes, charismatiques sans distinction).

De 2010 à 2017, la lecture assez régulière de la Bible (une fois par semaine ou plusieurs fois par mois) perd beaucoup de terrain passant de 78 à 53%  

A peine plus d’un évangélique sur deux lit la Bible, soit chaque semaine, soit plusieurs fois par semaine ! La catégorie des évangéliques qui ne la lisent pas, ou quasiment jamais, progresse de 21 points, passant de 15 à 36% ! Un évangélique sur trois ne la lit pas ou très rarement. De même qu’un évangélique sur 10 ne fréquente pas d’Eglise, autre évolution vers une certaine sécularisation de ce mouvement. 

V « Les évangéliques ne sont pas des protestants » VRAI ou FAUX ?

VI « Les évangéliques ne sont pas une confession, c’est un terme fourre-tout » VRAI ou FAUX ?

L’historien David William Bebbington[2] a indiqué 4 critères pour identifier les évangéliques :

- le biblicisme  

- le crucicentrisme (la croix comme centrale, notamment dans l’hymnologie, la croix comme seule voix du salut, nous n’irons pas tous au paradis) 

- la conversion importance de la nouvelle naissance borna gain, de la rencontre avec le Christ pour déterminer l’identité du chrétien. 

l’engagement (ou le militantisme). Être chrétien cela doit se voir, car c’est aussi le meilleur moyen de «montrer» Dieu. Le chrétien évangélique valorise une implication quotidienne, que ce soit par la prière, le témoignage oral, l’ascétisme (refus du sexe extraconjugal ou préconjugal etc). 

Protestantisme pour les nuls de Eric Denimal.

Classification des évangéliques en France  (JP Willaime):

-les évangéliques appartenant à la FPF

-les évangéliques appartenant au CNEF (avec certaines unions présents dans les 2)

-les évangéliques qui ne sont ni FPF ni CNEF (1/3 des évangéliques) en particulier les Eglises issues de la migration

-les évangéliques au sein de l’EPUDF et de l’UEPAL

VII « Les évangéliques sont peu œcuméniques » VRAI ou FAUX ?

Evangéliser aujourd’hui. Des catholiques et des évangéliques s’interpellent, Salvator/Excelsis, 2017

Cf Comité mixte baptiste catholique en France, Marie 

VIII « Le CNEF et la FPF sont en compétition » VRAI ou FAUX ?

La Fédération protestante de France créée en 1905 rassemble une trentaine d’unions d’Eglises donc un très grand nombre d’évangéliques, réuni dans la Coordination évangélique de la FPF et plus de 80 associations dont un très grand nombre d’évangéliques. 

Le Conseil National des Evangéliques de France, créé en 2010, regroupe 28 Unions d’Eglise. Il comprend 4 pôles :

-       Les églises évangéliques membres de la FPF : 

-       Les églises évangéliques non pentecôtistes

-       Les assemblées de Dieu 

-       Les églises d’expression pentecôtiste et charismatique

IX « Les évangéliques sont sexistes » VRAI ou FAUX ?

Madeleine Blocher-Saillens première femme pasteure en 1929, baptiste

Catherine Booth, « la Maréchale »

Servirensemble.com

2E PARTIE : Evangéliques, mode d’emploi

LA RENCONTRE

L’ACTION COMMUNE

LA CELEBRATION 

LE DEBAT

« Bien vivre la rencontre avec d’autres chrétiens » 12jalons.blogspot.fr 

« Chaque fois que nous entrons en relation, nous nous appuyons sur ce que nous connaissons déjà pour intégrer les nouvelles données reçues. Il arrive souvent que nous jugions, en positif ou plus souvent en négatif, une rencontre inédite à l’aune d’une expérience préalable. Cet individu extrémiste, ce pasteur aux convictions très affirmées, ce rejet, cette blessure risquent de conditionner notre jugement lors de rencontres ultérieures. Si nous avons besoin dans une certaine mesure de ces évaluations cognitives pour ordonner ce que nous vivons dans notre mémoire, il nous faut oser la guérison des mémoires pour ne pas en rester à des généralisations. »

 « Le chemin de la réconciliation et de la communion s’ouvre lorsque les chrétiens ressentent douloureusement dans leur cœur, dans leur esprit et dans leurs prières, les blessures de la division. Cette expérience leur fait prendre conscience de tout le mal causé par l’orgueil et l’égoïsme, par les polémiques et les condamnations, par le mépris et le soupçon. Elle suscite également en eux la volonté d’entreprendre un sérieux examen de conscience en reconnaissant leurs fautes et en faisant confiance à la puissance réconciliatrice de l’Evangile. » Cardinal Casper, Manuel d’œcuménisme spirituel 

CONCLUSION

« Il en va tout autrement quand nous avons compris que Dieu lui-même a déjà posé le seul fondement sur lequel puisse s’édifier notre communauté et que, bien avant toute démarche de notre part, il nous avait liés en un seul corps à l'ensemble des croyants par Jésus-Christ ; car alors, nous acceptons de nous joindre à eux, non plus avec nos exigences, mais avec des cœurs reconnaissants et prêts à recevoir. » 

Dietrich Bonhoeffer


[1] Sondage IFOP de 2010 sur 702 personnes.

[2] David William Bebbington, Evangelicalism in Modern Britain : a History from the 1930s to the 1980s, Unwin Hyman 1989, p.3-19.

Les questions à Valérie Duval-Pujol après son exposé sur la Galaxie Évangélique en France et ses réponses sont sur Youtube: https://www.youtube.com/watch?v=3JIYjdFDlnE&t=16s

 

Les Ateliers de l'après midi: chaque participant a pu suivre deux ateliers de 13h45 à 14h45 et de 14h45 à 15h45:

L'Atelier 1 avec Valérie Duval-Pulol: Évangéliques et Luthéro-Réformés à la FPF, ce qui a changé depuis le synode de Sète (Bénédiction des couples de même sexe). Les questions à Valérie Duval-Pujol  et ses réponses après son introduction de l'Atelier 1 "Évangéliques et Luthéro-réformés" sont sur Youtubehttps://www.youtube.com/watch?v=b810VIDTShQ

 

Atelier 2- Xavier

Xavier-Lespinas-1

L'Atelier 2: avec le pasteur Xavier Lespinas : Pratiquer l'évangélisation sans prosélytisme.  Enregistré sur Youtube: lien : https://www.youtube.com/watch?v=LXTVjBq8N3Q&feature=youtu.bexxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

Xavier-Lespinas-CV

  

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L'Atlier 3 : avec le pasteur Thierry Auguste de l'Église de Colombes: Tisser un lien communautaire puissant

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Marc-Pelce-2

Échos des 3 ateliers et vérification des objectifs de formation avec Marc Pelce

Fin de la journée

 

Églises locales de l'EPUF participantes:

- Annonciation

- Asnières-Bois-Colombes

- Aubervilliers

- Chartres

- Créteil

- Ermont-Taverny,

- Kremlin-Bicêtre,

- Mantes-les-Mureaux

- Melun-Provins,

- Meudon-Sèvres,

- Montargis,

- Montparnasse-Plaisance,

- Nanteuil-les-Meaux,

- Oratoire du Louvre,

- Pantin,

- Port-Royal-Quartier-Latin,

- La Rencontre,

- Rueil-Nanterre,

- Versailles,

- Le Vésinet,

- Villeneuve-Saint-Georges.

 

 

06 mars 2020

CONSEILLERS SORTANTS, CONSEILLERS ENTRANTS: PASSER LE RELAIS, ENTRER DANS LE SERVICE

Formation des conseillers presbytéraux en région parisienne. 

conseillers-presbytéraux-mars-2020 2

Conseillers-presbytéraux-9 mars-2020

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01 mars 2020

PREDICATEURS - CÉRÉMONIE D'OBSÈQUES - 2020

Accompagner une famille en deuil, c’est annoncer l’Evangile en actes !

C’est aussi un acte pastoral réalisable simplement quand on a été formé(e)

Nos Eglises doivent être capables de réagir en 3 jours….

Soyons plus nombreux à pouvoir donner suite ……. 

Ceremonie-Obseques-1

Ceremonie-Obseques-2

 

Michel PARET pasteur à Montargis - Pastorale des funérailles, une approche pratique protestante, M. Paret, 2018 Olivetan


01 janvier 2020

FORMATION À LA PRÉDICATION; les 3 journées : 23 novembre 2019, 11 janvier, 1 février 2020

Formation à la prédication en six samedi sur deux ans. 

Predication-1

Predication-2

Bandeau-Formation  Pour consulter l'historique des formations similaires des années précédentes, aller dans la colonne de droite, rubrique "CATÉGORIES" et cliquer sur "PRÉDICATEURS CULTES". 

image001 Les groupes de la formation 2019-2020 à l'IPT

 

Samedi 23 novembre matin:

Le sens du culte par Nicolas Cochand

Présentation de Nicolas Cochand

Nicolas Cochand, pasteur de l’EPUdF, enseigne à l’IPT la théologie pratique. La théologie pratique est la discipline qui réfléchit à la communication de l’Evangile aujourd’hui, en faisant appel à différentes disciplines de la théologie : éthique, histoire, dogmatique, etc

Quelle est la finalité du culte ?

Honorer Dieu et le servir, recevoir fruit et édification. Le terme allemand « Gottesdienst» exprime ce double mouvement du service (recevoir et rendre service)
Le culte revêt une dimension collective et une dimension personnelle.

Ce que dit le texte fondateur : Constitution de l’EPUdF art. 30, par. 1

« Célébration du culte : rassemblant la communauté chrétienne, la célébration du culte est au cœur de la vie de l’Eglise.
L’Evangile y est enseigné avec fidélité et les sacrements administrés conformément à l’Evangile. Selon la tradition de l’Eglise, des temps et des fêtes rythment l’année liturgique." 

Règlement d’application de l’Article 30 :
A- Liturgies de référence
Pour la célébration des services du dimanche et des jours de fête, ainsi que pour celle de tous les actes liturgiques, les liturgies de référence sont celles approuvées par le Synode National. »

Qui est en charge de la liturgie ?

La liturgie procède d’un faisceau de responsabilité, allant de la tradition et de ce qu’elle recouvre d’universel, à l’action locale. Elle engage la personne titulaire d’un mandat (pas d’auto- proclamation). Celle-ci se situe dans le contexte et l’histoire de son Église locale, qui se place lui- même dans le cadre de la tradition ecclésiale (expression de nos origines latines, de l’église Universelle, avec les chrétiens de tous temps et de tous lieux).

 Ainsi, nous nous situons globalement et agissons localement. Liturgies de référence

Suite à l’unification, l’EPUdF n’a pas adopté de liturgie propre.
Les textes de référence sont ceux adoptés à ce jour par les Eglises constituant l’Epudf

➢ Liturgie jaune 1996 de l’église réformée de France
➢ Liturgie moutarde 1983 des Luthériens (liturgie des dimanches)

Une nouvelle liturgie a récemment été adoptée en Alsace. Peut-elle devenir la liturgie luthérienne de l’EPUdF ? Elle devra alors être adoptée par le synode national de l’EPUdF.

Qui choisit les textes liturgiques du jour et avec quelles intentions ?

Certaines paroisses suivent les « textes du jour » et se réfèrent aux « lectionnaires » qui inventorient liste des textes bibliques (textes œcuméniques venant de Vatican II).

Certains prédicateurs préfèrent choisir un texte qui leur parle, ou bien un texte dont la communauté a besoin, ou bien encore travailler avec un texte donné pour en faire ressortir ce qui en est reçu. C’est une question spirituelle : quelle est mon autorité en tant que prédicateur/trice.

Concernant le contenu de la prédication, on note différents courants qui privilégieront, selon les églises ou les prédicateurs :
- la référence à la tradition
- l’emploi de mots qui résonnent avec nos préoccupations d’aujourd’hui

- l’authenticité de la relation avec Jésus, la mise en avant de l’œuvre de l’Esprit

Nos pratiques sont des héritages multiples.
Une prière écrite il y a 2000 ans et dite aujourd’hui avec beauté, si elle a du sens encore pour nous aujourd’hui, peut résonner de façon très contemporaine.
Les nuances entre référence aux textes déjà écrits et textes spontanés sont infinies : un texte spontané peut avoir été inspiré par d’autres lectures ; le texte est le fruit de notre travail personnel, il est reconfiguré par des héritages multiples.

Préparer une prédication est un travail alliant intelligence et émotion.
L’œuvre du Saint-Esprit s’exprime dans le fait de recevoir pour soi une parole (conviction que je la reçois pour moi de Dieu), pour le prédicateur comme pour celui qui écoute.

Comparaison entre deux liturgies Pour le début du culte

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Luthérien

Réformé

Sonnerie des cloches

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Moment musical et court silence

Si nécessaire, parole d’accueil

Proclamation de la grâce de Dieu

Jeu d’orgue ou silence

Chant spontané

Chant d’un psaume ou d’un choral

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Louange

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Invocation

Chant d’un psaume de louange ou cantique

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Parole d’accueil

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Pour la repentance

Luthérien

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Réformé

Introït

Prière de repentance

Répons (Gloria)

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Chant spontané

Confession des péchés

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Déclaration et accueil du pardon

Répons (Kyrié)

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Chant spontané

Absolution

Volonté de Dieu

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Répons (Gloria)

Chant spontané

Salutation et prière (Collecte)

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Prière avant la lecture de la Bible

 

Dans la liturgie de la repentance, chez Luther, importance de l’absolution. Elle est donnée par l’officiant. Ce n’est pas le cas dans la liturgie réformée. qui rappelle que la grâce est offerte une fois pour toute en Christ.

Comment se sont constituées les liturgies au 16e siècle au moment de la Réforme ?

La liturgie se transforme progressivement, tout en maintenant sa structure. Le mot «messe » est resté chez les luthériens, on parle de culte chez les réformés. (cf Messe en si de JS Bach).

  • -  Par la traduction des textes latins, car la parole est au cœur du culte et il est nécessaire de la comprendre

  • -  Par la prédication, avec sa dimension d’enseignement, en particulier chez les réformés (accent mis sur l’édification).
    Luther avec le « grand catéchisme » va donner un outil de formation pour les clercs. Il s’agit de comprendre, de structurer la foi au nom de l’Evangile. On met l’accent sur l’intelligence de la foi, placer en premier la confiance (en opposition à la terreur face aux enfers.)

    Il y a des cultes sans sainte-cène mais pas de culte sans prédication.

  • -  Par le chant : on va mettre en musique les psaumes, écrire les chorals qui portent le message.

  • -  Par l’organisation de l’espace : on va abolir la séparation entre le sacré et le profane. « Le culte à cœur ouvert ».

    On va mettre des sièges dans les églises.

    Ainsi, les nouvelles liturgies instituent de nouvelles relations entre officiants et assemblée, de nouvelles relations à la Parole, l’introduction du chant et une organisation architecturale symboliquement plus ouverte. Ces évolutions manifestent la position centrale de l’assemblée et la prééminence de la parole.

    C’est la liturgie rhénane qui sera traduite, La liturgie romaine n’étant établie qu’au cours du 17ème siècle.
    La liturgie réformée évoluera au 18ème et au 19e. Notre culte s’inscrit dans une histoire longue.

    Selon Luther, toute prédication doit s’adresser à moi comme pêcheur toujours repentant, me situant devant la grâce offerte en Christ. J’effectue un travail d’écoute du texte ce que j’ai reçu et que j’interprète.
    Parfois, la force des mots m’amène à partir en promenade et à « décrocher ». Cette « navigation » fait partie du chemin spirituel.

    Usages de la Loi (la volonté de Dieu instruit le croyant) :

    Premier usage de la loi : l’usage civil (punit ceux qui ont commis des fautes).
    Le 2e usage est théologique : la loi est celle qui me révèle que je suis pécheur. Elle me conduit à la grâce.
    Le 3e usage est ce qui guide la vie du croyant.

23 novembre après midi: professeur Laurent GAGNEBIN

Conférence : « Passer du texte à la parole vivante »

Prêcher, c’est 4 choses: écouter, enseigner, proclamer et interpeller.

1. Ecouter 

1.1 Ecouter Dieu

La bible n’est pas la parole de Dieu, ce sont des textes humains où l’on peut entendre la parole de Dieu. Par la prière, on demande à Dieu son esprit pour entendre sa parole à travers la bible.

L’attitude du prédicateur est la même que celle des auditeurs (sacerdoce universel). Nous sommes tous des écoutants. Seul Dieu peut transformer la parole humaine (bible ou prédication) en parole de Dieu. D’où la nécessité de la prière  d’illumination (épiclèse = invocation) avant de lire la bible.

La prédication est une prière, un dialogue, un acte pré-médité, ou l’orateur devient ad-orateur. Le culte n’est pas mon rendez-vous avec Dieu, mais le rendez-vous de Dieu avec moi. Dieu est au milieu de nous pour le culte. Le culte continue (voire commence) à la sortie du temple.

1.2 Ecouter les autres

On ne peut séparer prédication et visite (pastorale). Il faut reprendre dans la prédication les interrogations de ceux à qui l’on s’adresse. Le sermon est forcément un dialogue. Il faut donc s’assurer d’être compris et utiliser un vocabulaire commun ou définir les mots moins courants, éviter tout jargon.

Pour mémoire, l’homilétique, science de la prédication, vient du grec  qui signifie discuter, dialoguer. « Le bureau du pasteur devient la table de communion » (Prêcher, F. Craddock)

Pour cela on peut préparer sa prédication en s’adressant à une personne en particulier.

Dans la prédication on s’adresse au « douteur » en chacun de nous, et plus on avance en âge, plus on doute.

1.3 Ecouter le monde

La prédication s’inscrit dans une culture donnée, à une date donnée. Elle n’est pas désincarnée. Dans la bible, les prédications des apôtres sont suscitées par des événements extérieurs.

On peut être amené à modifier sa prédication en fonction d’événements qui viennent de survenir.

1.4 Comment s’y prendre ?

Pour enrichir sa prédication de ces trois écoutes (Dieu, les autres, le monde), il faut un grand temps de préparation et s’yprendre à l’avance. Dès que l’on commence à y penser, il faut noter tout ce qui vient à l’esprit, y revenir. La vie apparaît alors en correspondance avec la prédication.

 

De nombreuses prédications sont possibles à partir d’un même texte. Il faut choisir un axe puis s’y tenir. Le choix du texte et du plan vient en fonction de l’écoute des autres, qui nous mettent en question. Attention, on ne prêche pas sur ses doutes, mais on peut rejoindre les interrogations des autres dans la prédication.

On n’a pas forcément besoin de tout rédiger, mais il faut préparer un plan et des notes précises. Surtout, laisser reposer la prédication la veille.

2. Enseigner

Une prédication a quelque chose de l’ordre de la catéchèse, mais ce n’est ni seulement un enseignement, ni une conférence, ni une étude biblique. Attention à la tentation d’être celui qui sait, car tout savoir est pouvoir. Il faut écrire comme on parle, en s’appuyant sur ce que l’on sait mais dont on n’a pas à parler. « Il y a mille choses à savoir en chaire, mais dont on ne parle pas . » (A. Finet)

Le prédicateur doit mettre la distance historique entre lui et le texte, oublier ce que l’on veut dire pour partir de ce que veut dire l’auteur du texte.

Comme nous ne parlons pas grec ou hébreu, il est instructif de lire des traductions différentes et de les comparer minutieusement. Certaines sont très littérales (Chouraqui) et ancrées dans la culture de l’époque. D’autres sont plus contemporaines.

Quelques conseils pratiques :

  • -  Utiliser des bibles différentes pour nos lectures quotidiennes ;

  • -  Lire la bible dans une langue étrangère ;

  • -  Si on veut lire la bible dans le texte, apprendre l’hébreu plutôt que le grec, car la bible est imprégnée de culture hébraïque.

    Attention à l’utilisation des commentaires bibliques : ne les utiliser qu’à la fin du travail pour ne pas empêcher l’invention créatrice. De même, éviter de lire des prédications sur le même texte dès le début, mais on peut s’en enrichir par la suite et même en faire des citations, ou encore vérifier que l’on n’a pas fait de contresens sur le texte.

    3. Proclamer le Dieu de Jésus-Christ

    Il s’agit de passer du rationnel de l’exégèse (étude du texte) au relationnel pour rencontrer véritablement Dieu et Jésus à travers une lecture croyante. La bible est composée de textes écrits par des croyants pour susciter la foi.

    Il y a 4 questions à se poser :

  • 1- Que dit le texte ?

    2- Que veut dire le texte ? (son sens au-delà du fondamentalisme)

  • 3- Que veut nous dire le texte aujourd’hui ?

  • 4- Que veut me dire le texte ?

    Aller au-delà du texte : « A force de creuser le texte, on finit par faire un trou » nous dit Laurent Gagnebin. La démarche est plutôt : ce texte me fait-il entrer dans une démarche de foi ?

    Calvin a dit qu’écouter un texte biblique, c’est en tirer les conséquences. L’évangile est une bonne nouvelle que la prédication fait entendre.

Attention : Dire «je crois que... » est une croyance, alors que dire « je crois en ... » relève de la foi. 

4. Interpeller

La prédication interpelle d’abord dans l’ordre du « croire ».

  1. 1-  Elle renverse les rôles : cf. Jésus « Qui dites-vous que je suis ? »

  2. 2-  L’écoute de l’évangile met le croyant en marche – cf. l’idée vue précédemment que le culte commence à la sortie du temple.

Le pratiquant est celui qui met l’évangile en pratique.

Laurent Gagnebin nous met en garde sur l’utilisation du mot « péché », craignant qu’il ne fasse écran à la Bonne Nouvelle. Ainsi le culte luthérien ne fait pas de lecture de la loi, pour éviter toute tentation légaliste. Il s’agit plutôt d’encourager les gens, et particulièrement de nos jours à les encourager à vivre.

Dans son « Traité de la liberté chrétienne », Luther a écrit : « Le chrétien ne vit pas en lui-même, il vit en Christ par la foi, et en son prochain par l’amour. ».

L’idée : « je crois parce que j’agis » (et non l’inverse) s’adresse à tous, croyants et non croyants.

Le prédicateur dit ce qu’il croit. Au-delà d’une enquête historique à partir du texte, il partage sa foi et son engagement. Ainsi, utiliser le « je » dans la prédication est une forme d’humilité.

Des questions/réponses ont prolongé le cours. Certaines sont reprises et intégrées dans les points précédents. En voici quelques autres :

Taille de la prédication : Quelques repères en chiffres : environ 16h de préparation pour Laurent Gagnebin, 20 minutes à 1⁄2 heure de prédication, (soit 8000 signes espaces compris précise Marc Pelcé).

Utiliser la contée biblique dans une prédication est possible mais seulement si on a un don pour ce mode d’expression.

La lecture biblique fait partie de la prédication : éviter de faire lire le texte par un tiers. Lors du culte, l’auditoire est bienveillant.

Le prédicateur occasionnel n’a pas à prêcher chaque dimanche, il a donc la possibilité de penser et de travailler sa prédication très en amont, ce qui est une grande chance qu’il faut mettre à profit.

(Notes prises par Hélène Haering)

 

 

         Formation des prédicateurs

     IPT -11 janvier 2020  avec la Pasteure Patricia RANDRIAMANE

         Étude biblique : Luc, 2 / 22-40

 Remarques : 1 - Seul Luc parle de cet épisode de la vie de Jésus.

 2 - Les parents sont silencieux dans tout le passage.

 3 - Par sa mère, Jésus est d’ascendance royale.

(22-24) : les trois références à la loi de Moïse, la loi du Seigneur, indiquent la route sûre que suivent Joseph et Marie. Luc cite le devoir des parents quant à l’enfant présenté. Marie reçoit une prophétie quant à la vie future de son fils ; prophétie qui rappelle celles de l’ancien testament (Malachie 3/1-4 et psaume 24). Les parents sont des gens pieux.

Le couple applique la loi, c’est l’image de la fidélité. Ils consacrent leur premier né (23) (Exode 13- 2 à 12), célébrant ainsi la vie. Leur sacrifice (v.24 - 2 tourterelles et 2 petits pigeons) indique leur pauvreté.

Sens du sacrifice ? Au départ : remercier. Souvent signifie ‘tuerie’ ou rejet. Pour le chrétien, c’est se libérer de ce qui n’est pas de Dieu.

Pour Marie c’est une réalisation publique et pas seulement familiale, puisque la présentation a lieu dans le temple de Jérusalem.

Jésus entre dans la communauté officiellement. Présenté au temple (22), il fait désormais  partie de son peuple : quand il dira mon frère et ma mère, cela signifie ceux qui font la volonté de Dieu. A la fois homme et religieux, Jésus ‘accomplira’ la loi. Jésus réunit la loi et le service d’autrui.

La loi va-t-elle disparaître ? Pour nous, la grâce a remplacé la loi. La loi existe, chacun doit chercher comment l’appliquer ; mais elle est indissociable du service d’autrui.

La purification de Marie (22) lui permet de réintégrer la société 32 jours après la circoncision de son fils, soit 40 jours après la naissance. Pour une fille, elle aurait dû attendre plus longtemps (Lévitique 12-1 à 8). Elle laisse tout pour être devant Dieu.

Le Saint Esprit tient dans ce texte une place essentielle. Siméon n’est pas rabbin ou prêtre.

Que veut dire juste et pieux (25) ? Il est juste par rapport à la loi, dans la justice. Mais la loi seule ne sauve pas, la grâce oui, et elle nous fait agir.

Dieu parle à un homme, Siméon : il est averti et poussé (27) par le Saint Esprit. (Pour prêcher, nous pouvons parler à une personne) En voyant Jésus il est exaucé. Dieu lui montre l’enfant par lequel il faire accomplir Sa parole. Maintenant il peut mourir.

L’enfant provoque déjà. Il faut croire en lui. Siméon annonce que Jésus sera un signe contesté et que Marie souffrira (34-35). Il faut y croire. Dieu est déroutant.

Siméon parle de tous les autres peuples, les nations (31-32) comme l’ange à Marie. Ce qu’il dit est une révélation aux parents ; les parents sont étonnés, comme par une découverte (33).

Surprenant, en tous cas à l’endroit de Marie, qui a été la première avertie du rôle futur de l’enfant (Luc, 1 / 32-33).

Siméon voit que l’avertissement divin est exaucé. Le Saint Esprit fait que l’on voie sans forcément croire et que l’on croie même sans voir. C’est une parole sur l’attente et ceux qui attendent. On peut définir le hasard comme Dieu venant incognito. Le temps de Dieu c’est l’inattendu. 

Jésus répondra-t-il à l’attente du peuple ? Pour ce peuple, Dieu est le dieu libérateur, et Son peuple est Son instrument. Avant Jésus, le peuple est soumis à un Dieu, lui-même soumis. Le peuple doit avoir confiance d’avoir un Dieu. On ne peut pas jeter la loi, Jésus Christ vient au sein de la loi.

Dieu est fidèle, mais il ouvre un chemin que nous n’attendons pas. Seul le Saint Esprit peut nous l’indiquer.

Illustration par un participant : j’attends mon train, donc je regarde du côté où il arrive d’habitude. Tout à coup il arrive, mais dans l’autre sens, par l’autre côté, et je peux faire le trajet espéré.

Dans le temple avec le peuple il y a aussi Anne qui y vit (36). Elle a 84 ans.

7x12 : chiffres de la perfection absolue.

Elle ressemble aux bergers venus à la crèche. Anne voit l’enfant : elle reconnaît la grâce de Dieu, Siméon reçoit, tous sont étonnés. Elle aussi est mue par le Saint Esprit. Elle va répandre la parole dans le temple (38) et cela sera répété au dehors.

La trinité est déjà réunie. Siméon reçoit l’enfant, c’est un don et Dieu l’a préparé. Dieu, son fils et le Saint Esprit. Le Saint Esprit s’insère entre la loi et la venue de Jésus (cf Jean 1).

Siméon est un messager, un ange. Et nous ? Le Saint Esprit a toujours existé ; il revient à Pentecôte. Aujourd’hui nous recevons l’Esprit de Jésus Christ, il est né dans notre cœur. C’est un écho de l’Ancien Testament, qui nous dit si c’est Dieu qui parle.

Le Saint Esprit est différent de l’intelligence 

Quel est rôle de l’attente ? Être toujours en recherche, toujours attendre quelque chose. Siméon a attendu la révélation qui lui donne la paix ; il est prêt pour la mort.  

Siméon et son peuple ont eu soif de ce chef, l’ont attendu, ont désiré l’avoir. Il a eu la patience d’attendre. Cf  La source que je cherche, par Lytta Basset,.

Le peuple attend la libération de Jérusalem qui est soumise à des humains (les Romains). Ils attendent un messie, un roi. Jésus va surprendre et déjouer ce pronostic. Il est enraciné dans l’humanité avec ses frères et ses sœurs, mais il n’est pas le chef d’une armée dressée contre l’occupant. La révélation est pour toutes les nations, elle témoigne du Dieu unique auquel croyaient les Juifs. Ils attendent encore.

Le texte passe de l’enfant Jésus à sa famille, puis à l’exaucement de l’attente de Siméon, et aux paroles d’Anne, réaffirmant celles de Siméon et débordant du temple. Enfin la présence du Saint Esprit, encore vraie pour nous. Toute une progression.

EXERCICE DE PRÉDICATION: SIX MINUTES du 1er février (2e niveau)

 

predication-six-minutes

 

02 octobre 2019

OSER DEMANDER

Formation du 4e trimestre 2019 

Voir photos après les objectifs et le programme

Oser-demander-2019

Pt-de-CP-10-2019   Le pasteur Robert PHILIPOUSSI ouvre des pistes de reflexion:

 Robert-Philipoussi-72 

Oser demander

Le discernement des charismes et des ministeres locaux 

Ces deux notions, ces deux verbes, ces deux concepts constitueront ma première partie. Histoire de défricher, ce qui nous fournira un peu de nourriture conceptuelle pour la suite. Toujours utile, ne serait ce que pour éviter de faire simultanément des choses complètement disparates en croyant faire la même chose. Toujours utile de ne pas toujours communier dans la croyance fausse que les mots ont le même sens pour tous.

Ma première partie traitera de la complexité de la problématique. Elle s'intitule:

« encore un problème impossible, va t on encore faire semblant de ne pas le voir ? »

Elle dira pourquoi finalement en préparant cette intervention, je me suis dit à un moment que cela allait être vain, qu'au fond, nous n'allions toute la journée que surfer de manière idéaliste et disparate pour rentrer chez soi avec au mieux la sensation d'avoir appris quelque chose, retenu quelques anecdotes, tout en continuant à faire la même chose dans le vague, juste entretenu par le fait que des gens autour semblent faire la même chose que nous et que nous ne savons pas ce que nous faisons. Jusqu'à ce que je me rende compte que finalement pourquoi pas essayer de dire des choses, plutôt que d'aligner des phrases toutes faites, incontestables voire bibliques.

La troisième sera une très courte extraction théorique, de mon point de vue pratique, nourri de trente et une années de ministère, 9 paroisses, un nombre assez important de conseils différents, beaucoup de président.e.s , trésorier.es, catéchètes un nombre très important d'accompagnement de surgissements de vocations, d'engagements. Les réussites, les échecs, mais aussi les disparitions subites, les monstruosités aussi. De très grandes joies aussi, quand enfin je rencontre quelqu'un qui s'engage pour le plaisir propre qu'il y a à s'engager déjà, mais aussi avec cette liberté propre du croyant animé du souffle de Dieu. Cette troisième partie s'intitulerait « c'est beau une église, parfois »

Mon épilogue sera une sorte d'envolée confessante, spirituelle, protestante, sur ce sujet puisque j'ai osé me demander de m'engager sur ce point, devant vous.

 

Le verbe français OSER est assez intéressant à regarder dans sa profondeur car il vient d'une racine latine qui signifie aussi désirer.

Première extrapolation qui n'a aucune prétention de fournir une quelconque preuve de quoi que ce soit : quand j'ose, je désire que quelque chose advienne. Cet enchâssement potentiel du désir dans le fait d'oser pourrait éventuellement nous signaler, dans notre course parfois éperdue au discernement que s'il manque un désir, collectif, ou individuel de « demander » à quelqu'un quelque chose, s'il ne s'agit que de contrainte, de responsabilité, si collectivement on n'a pas forcément envie de cette personne dans notre collège par exemple presbytéral mais que quand même, son CV de gestionnaire, d'architecte, ou de je ne sais quoi qui le qualifierait pour en faire partie et bien ce n'est sans doute pas forcément une super idée. Mais en disant ça, je sais que je ne fournis aucune clé. Qu'est ce que je pourrais justifier pour ne pas laisser être cooptée cette personne que visiblement personne ne désire, mais qui pourrait quand même nous rendre de précieux services, au vu de ses officielles qualités. Aucune clé, mais une piste tout de même : toujours penser, dans le cas de cooptation, à la collégialité, au potentiel du futur groupe qui pourra être créé. Est ce que cette personne va contribuer au maintien ou à la future existence d'un véritable collège et non pas d'une juxtaposition d'experts.

Je me posais aussi la question de savoir pourquoi il n'y avait pas de substantif pour le verbe oser. Comme espérer/ espérance, croire / croyance. Jusqu'à ce que je me rappelle que j'avais un cerveau : c'est le mot « audace », de audere en latin, qui signifie donc désirer et « oser ».

Entre parenthèses, il y a eu beaucoup de sermons sur l'audace du chrétien, mais dans les faits, il n'y a pas beaucoup d'audace, dans nos sermons, dans nos paroles institutionnelles. Il y en a eu chez nos ancêtres, chez les Bonhoeffer ou Boegner ou Trocmé. Il n'y en a plus beaucoup. Je dirais même que cette « audace » était encore naguère valorisée dans les termes – ça faisait bien de le dire – aujourd'hui, tout s'est aplati. Tout le monde regarde ce qu'il faut dire avant de dire. Je ne sais pas comment réveiller ce truc d'oser.

Deux petits détours bibliques vont nous être utiles évidemment, sans qu'encore une fois cela ne serve de fondement irréfutable d'une théorie de l'action paroissiale.

À propos d'oser, TOLMAO en grec dont la racine viendrait d'un autre verbe signifiant une tension vers un objectif , je me suis souvenu de ce passage de 2 corinthiens, une des rares fois où le verbe « oser » n'est pas employé avec une négative (genre : ils n'osèrent plus dire un mot quand Jésus leur cloue leur bec) ça me fait un peu soupirer quand je lis ça, mais je comprends mieux, dans cette énergie paulinienne, l’extraordinaire croissance du mouvement des premiers croyants au Christ, et aussi la lente décrudescence du christianisme en Europe, et aussi du protestantisme, qui a perdu 10 pour cent de ses adeptes depuis les années 70 pour représenter aujourd'hui environ 16 % de la population européenne.

2 corinthiens 11- v16 Je le répète, que personne ne me regarde comme un insensé; sinon, recevez-moi comme un insensé, afin que moi aussi, je me glorifie un peu. 17 Ce que je dis, avec l'assurance d'avoir sujet de me glorifier, je ne le dis pas selon le Seigneur, mais comme par folie. 18 Puisqu'il en est plusieurs qui se glorifient selon la chair, je me glorifierai aussi. 19 Car vous supportez volontiers les insensés, vous qui êtes sages. 20 Si quelqu'un vous asservit, si quelqu'un vous dévore, si quelqu'un s'empare de vous, si quelqu'un est arrogant, si quelqu'un vous frappe au visage, vous le supportez. 21 J'ai honte de le dire, nous avons montré de la faiblesse. Cependant, tout ce que peut oser quelqu'un,-je parle en insensé,-moi aussi, je l'ose !

C'est d'ailleurs dans les lettres de Paul que ce verbe « oser » est employé positivement.

Parce que je ne suis pas en train de faire une étude biblique évidemment, je suis là pour poser des bases d'une future discussion, mais qui sans nul doute se concentrera plus sur la deuxième intervention de la matinée « à qui doit-on oser surtout ne pas demander », je veux simplement faire remarquer que tous les héros bibliques ont une caractéristique commune. Evidemment, c'est celle d'OSER. C'est à ça qu'on les reconnaît, les héros bibliques...ils osent...

Je ne vais pas en faire une liste mais d'Ève à Jésus, en passant par Abraham, Jacob, les filles de Loth, beaucoup de prophètes et leurs actes, Jonas, qui ose désobéir, tous en fait sont des audacieux. Y compris dans leur écriture, comme la personne ayant composé le livret de Qohélet, mais tous les auteurs finalement, brisent des codes, font preuves d'une audace surprenante pour qui a juste envie de le remarquer. Ce simple fait devrait marquer nos consciences assoupies dans un certain attentisme, par exemple vis à vis d'une l'audace divine censée faire le boulot.

Pour en venir au second concept ici, DEMANDER, il y a une série de verbes en grec, dont les usages oscillent entre la requête, l'interrogation ou la supplication mendiante, mais c'est le troisième qui nous concerne « AITEO », celui qui se trouve dans des belles phrases comme : Matthieu 21 : 22 Tout ce que vous demanderez (aiteo) avec foi par la prière, vous le recevrez. OU Matthieu 7 : 8 Car quiconque demande (aiteo) reçoit, celui qui cherche trouve, et l'on ouvre à celui qui frappe.  OU

Marc 6 : 22 La fille d'Hérodias entra dans la salle; elle dansa, et plut à Hérode et à ses convives. Le roi dit à la jeune fille : Demande (aiteo)-moi ce que tu voudras, et je te le donnerai.

En voilà une sacrée audacieuse. On oublie un peu que c'est le mouvement des croyants au Christ Jésus qui, historiquement, a eu la tête de Jean le Baptiste, ce qui ajoute à la personnalité trouble de la danseuse.

Ou aussi, une phrase qui rappelle des souvenirs de déclaration de foi :

Ephésiens 3 : 20 Or, à celui qui peut faire, par la puissance qui agit en nous, infiniment au delà de tout ce que nous demandons (aiteo) ou pensons,

Ce qui nous rassure, dans les cas où nous serions paralysés par une crise de responsabilité.

En grec, c'est littéralement demander « sa part » « son dû », mais plus généralement cela désigne l'intensité d'une demande.

En français, du moins en vieux français, car le terme s'est érodé, la demande c'est quelque chose d'intense. Mander, mandat, c'est requérir pour une mission.

Donc voilà quelques débris conceptuels éparpillés sur cette table , où l'on se rappellera l'audacieuse folie de Paul et les multiples audacieux qui ont constitué notre bible et qui sont nos références, où l'on se rappellera que pour demander avec le sens d'une mission très importante, il faut se convertir à l'audace et non pas voir les choses comme on a tendance à le faire très souvent quand on sent que dans l'Église il faut boucher un trou. Par exemple, si on va aller vers l'autre avec un état d'esprit du style « ça va, ça va, tu fais quoi les dimanches en général, non mais voilà, je pensais à truc, enfin c'est pas grave hein, mais bon une des monitrices a été mutée à Béziers, et donc, bon en même temps tu fais ce que tu veux hein, je me demandais si par hasard, si ça t'amuserait pas de temps en temps de faire l'école biblique, ou pas hein.. » . Faire passer dans la demande que en même temps tout ça, l'église, ce n'est qu'une association de loisirs, utile aux gens quand ils s'ennuient, utile pour fournir à des gens un moyen d'expression – tu veux pas prêcher, tu vas voir c'est intéressant, mais t'inquiète les gens n'écoutent pas, et oublient tout- faire passer en simultané que tout est dérisoire ne correspond en rien avec la notion d'OSER DEMANDER.

Surtout avec une prière ritualisée comme la notre qui est truffée de demandes à Dieu, dont hélas pas grand monde ne voit la grande exigence que ça représente, de nous donner notre pain de ce jour, ou que son nom soit sanctifié ou que son règne vienne.

Je suggère d'ailleurs que les personnes qui ne souhaitent pas spécialement que son règne arrive ne prononce pas cette prière...

Je suggère qu'on comprenne l'audace de nos demandes dans l'esprit véritable de cette prière. 

II- Ma deuxième partie s'intitule ; « encore un problème impossible, va-t-on encore faire semblant de ne pas le voir ? »

Oser, très bien on a compris, demander, ok ce n'est pas n'importe quoi, c'est corrélé à la demande qu'on ferait à Dieu et c'est quelque chose de sérieux. Une demande pour un mandat. Une mission.

Et c'est à ce moment là de ma réflexion que je me suis dit « tout est vain ». Pourquoi ? Parce que il n'y a plus, si jamais il y en a eu, de lieux communs. En gros demander quoi, très bien : entrer au conseil, faire l'école biblique, prêcher, réfléchir sur la liturgie, entrer au conseil régional. On explique les liens organiques de notre église, sa circulation interne, son système, ses règles, ses formations. On évite de recruter les paranoïaques, - qui souvent se proposent d'eux mêmes d'ailleurs, les schizophrènes et les pervers. On fait attention à la collégialité générale, à la dynamique générale.

Très bien.  Mais pourquoi ?

C'est le pourquoi de la mission de l'Église. À quoi sert elle ? Annoncer la bonne nouvelle ? Très bien : et la bonne nouvelle, c'est quoi ? Alors évidemment, tout le monde a sa réponse. Le problème est qu'il y a plein de réponses et que même les mêmes réponses ne vont pas correspondre aux mêmes désirs. Et ce genre de discussion finissent en texte synodal ou une majorité de gens se sont mis d'accord sur un même texte pour ne pas y voir la même chose.

Annoncer le salut personnel, le salut du monde ? Mais ça a quelle forme, quelle couleur et quel goût le salut ? La libération ? De quoi ? De mes péchés ? Embrayer sur l'écologie ? À quoi sert l' Église.

Je ne crois pas qu'il y ait jamais eu d'identité collective qui permettait à chacun de répondre à toutes ces questions oiseuses. Mais je crois en revanche, qu'il y avait, pendant les premiers siècles, une spectaculaire énergie collective qui faisait que c'était évident que si on me demandait d'y participer, je savais pour quoi faire.

Aujourd'hui, cette énergie collective proprement chrétienne, cette dynamique d'engagement a globalement disparu, malgré le néo revivalisme qui embrasse la plupart des nos confessions. 

Mais quelque chose me dit que cela ne suffira pas, que le monde est passé à autre chose,qu'il n'est plus aussi naïf .

Alors oui, c'est vrai, il y a la solution néo revivaliste. Elle fonctionne. Elle inspire y compris le courant mainstream qui en est arrivé à dire par la bouche de ses commissaires porteurs de ce thème que désormais l’évangélisation par exemple n'est plus une question, mais qu'il s'agit simplement de savoir comment la mettre en œuvre..

Le sens de l'Église est évident ici : des gens engagés pour le Seigneur, qui travaillent ensemble et en ordre à hâter la venue du règne, des militants qui trouvent dans l'Église non seulement un sens à leur existence, mais des amis, des compagnons et des compagnes avec qui ils vont passer beaucoup de temps, à étudier la Bible, à faire la fête, à faire de la musique, et avoir beaucoup d'émotion et de recharge d'énergie vitale, à préparer des événements.

Il y a aussi l'évidente solution de l'Église comme base de loisirs et d'occupations pour des gens qui ont envie de trouver là plus de sens qu'ailleurs, parce qu'ils ont cessé d'être engagés ici ou là, parce qu'ils ne font pas de politique, parce qu'ils ont envie de servir à quelque chose – je rappelle que bibliquement on sert Dieu d'abord avant de vouloir servir à quelque chose - qu'ils ont pris leur retraite. Du coup, il faut faire fonctionner cette machine,et pour cela il faut non pas des engagés, mais des bénévoles. Ce mot qui on ne sait comment a remplacé le mot engagés voire militants pour les actions propres de l' Eglise.

Des gens à qui on a peut-être demandé, mais qui surtout qui ont bien voulu faire quelque chose. Merci. Mais cela ne fonctionne bien qu'avec des églises qui ont des gros moyens, pour pouvoir concurrencer les offres extérieures de distractions culturelles. On ne se demande plus à quoi sert cette Église, puisqu'il est évident qu'elle sert à elle-même, comme une micro institution.

Mais pour toutes les autres églises, qui ne partagent pas cette fougue du néo réveil, ou qui ne sont pas comme ces grosses églises auto suffisantes, c'est difficile de répondre à la question « m'engager mais au fond pourquoi ? »

J'ai eu un début de réponse à cette question en me remémorant mes synodes, ma trentaine de synodes régionaux, mes quelques synodes nationaux et souvent je m'y dis qu'il me manque quelque chose. On me parle d'Église régionale, à la rigueur je veux bien y croire, mais je ne la sens pas trop, je ne comprends pas comment un territoire définirait quoi que ce soit, les gens sont là, travaillent ensemble et c'est souvent très beau, mais cela reste un peu idéaliste ; Ne parlons pas du synode national, qui bien qu’extrêmement intéressant et évidemment utile ne me donne pas la sensation d'Église : je ne crois pas à une église de la nation française. C'est totalement une vue de l' esprit. En 1938, date de la création de l'ERF, j'aurais voté contre ! [ reprise improvisée, pour désamorcer, et appuyer ce qui suit:]

Et donc en voyageant dans ma mémoire, j'en suis revenu au local. Là au moins je sais une chose, que cette Église, cette assemblée des gens convoquées, elle existe. Elle peut être fragile et maigrichonne, chevrotante, ridicule aux yeux des autres, disputante, bizarre, pleureuse, folle, orgueilleuse, boursouflée, tout ce qu'on veut, mais elle est là, et c'est la mienne.

Et je me dis tiens, je suis ici, mais aussi je suis d'ici. Cette église correspond à mes attentes, ma recherche, mon inclination, mon désir d'avancer avec Dieu.

Je suis d'ici, et pas de là bas, malgré tout mon respect. Là bas, c'est un microcosme différent, des mots différents, tout est différent.

Mon église a une personnalité. Irais je à dire qu'elle est une personne, une singularité ? Qu'elle a une façon particulière de s'exprimer ? Oui, cette église-ci, la mienne n'est pas « une église universelle », elle n'est pas interchangeable. Elle a ce charme là. J'irais jusqu'à dire : une présence particulière.

Alors si je suis responsable d'Église et que j'ai de l'audace, pour faire des demandes, il est peut-être utile que je me sois penché d'abord non pas uniquement sur ses besoins « alerte, on a besoin de trésorier, de musicien, de telle ou telle fonction », mais que j'ai réfléchi sur la personnalité de mon Église. On ne pense qu'à la nourrir, comme si elle était une oie. Non, c'est une personne qui a envie de se développer selon son propre code. Elle est là pour ça. Il faut donc faire un effort d'intelligence pour ne pas penser à appliquer des recettes, mais pour comprendre où on est et aussi qu'est ce qu'on voudrait oser vouloir, comment cette église veut-elle s'embellir, croitre en sagesse et aussi en nombre. Pas de recettes. Juste de l'attention à une personne et à son identité dynamique, et une certaine résistance à l'encapsulement. À la mise en coupe réglée.

Là, en ayant réfléchi personnellement si je suis pasteur ou président, mais rapidement collégialement à notre identité dynamique et singulière on pourra mieux ensuite oser demander, parce qu'on pourra dire quelque chose d'une église qui n'est pas que la caisse de résonance d'un message universel, mais qui est une présence singulière. On sera fier de demander.

Nos églises dites locales sont surtout représentées dans nos assemblées synodales par des graphiques et des courbes. Je trouve cela presque offensant et je ne suis même pas certain que cela soit nécessaire.

III -Et je finis par ma troisième partie intitulée « c'est beau, une église, parfois » J'en ai vu des engagés qui hélas n'avaient pas compris le sens de l'engagement.

Je m'engage signifierait littéralement « je me mets en gage » mais il faut expliquer à ce futur engagé qu'évidemment s'il est censé respecter son mandat, son « je » est « différent » de son « moi ». Son « je » restera toujours maitre de son « moi » gagé. Et il sera toujours libre de se retirer, de retirer « son gage », qui est son corps vivant composé de son temps, de ses rires, de ses énervements, découragements et joies.

Il faut lui faire sentir qu'il fait un don de lui-même et le remercier de cet acte libre et responsable. C'est n'est pas du bénévolat. C'est de l'engagement responsable.

J'en ai vu des engagés qui avaient été engagés juste ou qui s'étaient engagés pour empêcher. Empêcher un pasteur, empêcher une politique de se développer, faire partir quelqu'un. J'ai vu des embrouilles et franchement, avant toute demande, il faut se demander s'il n'y a pas une instrumentalisation. Il y en a. Parfois, c'est de l'animation. Parfois c'est de l'instrumentalisation de la confiance. Donc derrière des beaux discours, il y a forcément une politique, un souhait vif de quelques personnes qui disons le ont une partie du pouvoir, du pouvoir dire, pouvoir faire aussi, pouvoir orienter. Juste regarder ça en face. Moi, dans mon église, j'ai une politique. J'essaie qu'elle passe par le conseil. C'est pourquoi je garde la thèse très simple de l'église comme personne singulière, pour ne pas m'encombrer de recettes mais pour participer à la découverte de cette personne, qui est façon de parler de la présence de Dieu particulière à cet endroit là.

J'en ai vu aussi des engagés qui étaient passés là juste pour exprimer leurs tensions internes parce que, ailleurs, on ne les avait pas accueillis. L'Église est ouverte à tous, mais pas forcément ses instances de responsabilité. La discrimination ou le discernement passe aussi par là, par des entretiens et par des décisions collectives.

Mais j'ai aussi vu nombre de personnes engagées qui avaient tout compris. Qui n'avaient pas besoin de l'Église, ou d'une église, pour se réaliser. Ni pour conquérir des territoires, ni pour affirmer je ne sais quelle puissance. Mais qui étaient là, librement, en instance de la grâce, prêt à considérer une demande quand elle est bien exprimée, quand elle sait de quoi elle parle et qui n'est pas axée sur la culpabilité ou la contrainte.

Anecdote: quand une personne refuse une proposition que je lui suggère, je me dis que Dieu n'était pas d'accord. C'est un peu fataliste comme a priori, mais je passe rapidement à autre chose et surtout je ne cherche pas à remplacer. La non présence de cette personne va aussi changer le système tel que je me l'imaginais.

Une petite expression confessante.

Personne ne m'a jamais rien demandé. En tant que futur pasteur j'ai demandé à l'être. L'institution m'a agrégée. Merci. Je n'accorde pas l'importance que parfois elle se donne à l'institution, mais je la remercie. Non plus, je ne nie son utilité dans l'instauration d'une solidarité entre les pauvres et les riches. Ça devient très original de nos jours. Des pasteurs payés tous pareils. Des églises pauvres financièrement bénéficiant d'églises riches financièrement. Et je dis bien financièrement. Parce qu'aucune église qui vit, même sans pasteur, n'est pauvre. Elle est pauvre si elle est morte. Mais si elle vit, elle est riche de la présence du Seigneur.

Je crois que toute demande doit être d'abord adressée à Dieu, et ensuite obéir à l'intuition qui est intelligence ultra rapide de l'évaluation de ce qui pourrait arriver avec cette personne. Mais cette intuition doit se corrélér à la présence réelle de la personnalité évolutive de cette église dite locale.

Je crois aussi qu'il est préférable de ne pas demander tout le temps à tout le monde.

Après tout, l'Église est là aussi pour faire des cultes, et permettre à des gens d'entendre la parole de Dieu dans leur intimité singulière. Je ne vais pas demander à ces gens de faire des choses ou les opprimer chaque dimanche avec des annonces culpabilisantes . Ils sont là parce qu'on fait le job. En revanche, si je les vois commencer à s'attarder , à poser des questions, à se découvrir, je commence à me demander si je ne vais pas oser leur demander de participer à cet accueil, au sein de cette église singulière composée de gens singuliers avec son souffle particulier.

Les personnes à risques

Que-dis-la-police Daniel Campala parle de son expérience dans le signalement des personnes à risques.

Marc-Pelcé-bat-le-rappel-des-groupes  Marc PELCE bat le rappel des groupes avant la synthèse.

AME-FPF-Accueil-mineurs

La FPF a édité récemment une plaquette sur l'Accueil des Mineurs en Église. Il est possible de se la procurer au 47 rue de Clichy.

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FPF-AME-Fiche21

L'une des fiches de cette plaquette aborde la question des abus et de la maltraitance en passant par la bientraitance. XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX Pour avoir un historique des formations similaires de plusieurs années précédentes, aller dans la colonne de droite rubrique "CATÉGORIES" et cliquer sur "PRÉSiDENTS & V/Pts de CP"

 

12 février 2019

LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE POUR CONSTRUIRE UNE ÉGLISE QUI TÉMOIGNE

COMMENT UNE FOI ÉCLAIRÉE NOUS LIBÈRE DES DÉSIRS DE L'IMPOSER, DE CONVAINCRE, DE RALLIER ? 

Rencontre des conseillers presbytéraux EPUDF en Région parisienne

Samedi 23 mars 2019 de 9h30 à 16h00

Plan de la présentation par le pasteur Michel BERTRAND, (le texte complet de la conférence se trouve après le programme de la journée)

 Introduction

 1. Vivre sa foi

 

 1.1 L’expérience de la foi

 1.2 Le défi du témoignage

 1.3 Témoigner de la vérité

 1.4 Liberté de conscience

          2. Nourrir et éclairer la foi

          2.1 Le ressourcement spirituel

          2.2 L’intelligence de la foi

          2.3 Se former dans la perspective du témoignage

                    3. Une Église qui témoigne

                    3.1 Perspectives ecclésiologique 

                    3.2 Une Église missionnaire

                    3.3 Témoignage et laïcité

          Conclusion

LIBERTÉ-DE-CONSCIENCE 

Conseillers-presbytéraux-2019  

LA LIBERTE DE CONSCIENCE POUR CONSTRUIRE UNE GLISE QUI TEMOIGNE

Comment une foi éclairée nous libère de nos désirs de l’imposer, de convaincre, de rallier ? 

Rencontre des conseillers presbytéraux EPUDF en Région parisienne
Samedi 23 mars 2019 de 9h30 à 16h00

 

Pasteur-Michel-Bertrand

Le titre qui m’a été confié est presque déjà, à lui tout seul, une conférence ! Je ne prétends pas en parcourir tous les aspects, ni répondre à toutes les questions et attentes qui le sous-tendent. Je vais au moins tenter d’en suivre les grandes articulations dans l’organisation même de mon propos.

- En effet les mots « liberté » et « conscience » renvoient fondamentalement à l’expérience personnelle et communautaire de la foi. Ce sera ma première partie que j’intitule « Vivre sa foi » (Programme du 1er atelier). 

- Le verbe « construire » désigne la tâche d’édification, la nécessité du ressourcement et de la formation, notamment théologique, c’est-à-dire « Nourrir et éclairer la foi », comme il est dit dans le sous-titre. Ce sera la problématique de ma 2ème partie (Sujet du 2ème atelier).
- Enfin, 3ème partie, une « Église qui témoigne » ouvre sur une visée ecclésiologique, à savoir la raison d’être, le rôle et la finalité de l’Église, c’est-à-dire sa mission et son rapport au monde. (Question qui sera au cœur du 3ème atelier). 

J’essaierai de repérer, chemin faisant, les risques d’intolérance possiblement liés au témoignage et surtout les antidotes que nous pouvons puiser dans notre tradition théologique pour conjurer ce danger. 

1. VIVRE SA FOI 

J’aborderai 4 points dans cette première partie. 

1.1 L’expérience de la foi 

Alors qu’est-ce que la foi ? On considère en général que le mot foi appartient au seul langage religieux. Pourtant ce terme renvoie à une réalité beaucoup plus large qui concerne l’ensemble de la vie humaine. Croire, c’est faire crédit à un autre. Avoir foi, c’est se lier à lui par un acte de confiance. Les deux mots ont même étymologie. La foi et son témoignage s’enracinent donc dans cette expérience humaine qui consiste à faire confiance à un autre que soi-même et à sa parole. 

Ce qui indique déjà que la foi est de l’ordre d’un lien, d’une relation, d’une rencontre entre deux sujets. D’ailleurs, dans la Bible, elle est souvent décrite ainsi. Il n’y a pas d’annonce de la Bonne Nouvelle, ni d’expérience de la foi, sans des rencontres concrètes. Quand Jésus dit à l’aveugle Bartimée « Va, ta foi t’a sauvé » (Mc 10, 52) ou lorsqu’il admire la foi de la Cananéenne (Mt 15, 21-28), il ne désigne pas une orthodoxie théologique, une affirmation doctrinalement juste sur Dieu, mais il salue une attitude de confiance et d’espérance envers lui. 

La théologie protestante s’inscrit dans cette compréhension de la foi. Elle n’est pas un savoir sur Dieu, une doctrine à confesser, un catéchisme à réciter, une morale à appliquer. Ce n’est pas un système de vérités ou de croyances auquel il faudrait adhérer intellectuellement et qu’il faudrait transmettre en l’état à d’autres. (1) Elle est l’expérience d’une rencontre qui oriente une vie tout entière, qui transforme la compréhension que l’on avait de soi, des autres, du monde, de Dieu. 

Premier éclairage concernant notre fil conducteur sur les conditions d’un témoignage respectueux de la liberté d’autrui. On voit que cet événement personnel de la foi est difficilement communicable à d’autres, reproductible directement, car personne ne peut vivre une rencontre à la place d’un autre. C’est dire, au fond, que la foi est de l’ordre de l’intransmissible. Il s’en suit d’emblée de cette affirmation que le témoignage ne saurait être péremptoire ni autoritaire. 

1.2 Le défi du témoignage 

1 Ce n’est pas un « sac à dogmes » qui contiendrait « les objets de foi prescrits par le christianisme », mais « la foi est mouvement, elle est événement, elle est vie en plénitude. »
Gerhard EBELING, L’essence de la foi chrétienne, Paris, Le Seuil, 1970, pp.21, 24. 

Page 2 

  • ·Pour autant, si la foi est intransmissible, elle ne doit pas rester de l’ordre de l’indicible, elle doit pouvoir rendre compte d’elle-même, sauf à demeurer une pure illumination intérieure hors langage. En effet, s’il n’est pas en notre pouvoir de transmettre la foi, on peut par contre en témoigner à travers nos paroles et nos actes, témoigner du sens de cette rencontre dans notre propre existence, être pour autrui une occasion de croire. 

Car si la foi en tant que telle ne peut se transmettre, elle ne saurait advenir sans un témoignage qui vise à la faire naître (cf Rm 10, 14.17). On le voit dans l’Évangile où certains de ceux qui sont pardonnés, guéris, sauvés par Jésus, deviennent à leur tour des témoins. Ils vont à la rencontre des autres pour partager avec eux cette Bonne Nouvelle. Ainsi, de même que la foi est de l’ordre d’une rencontre avec Dieu, on ne peut en témoigner que dans la rencontre de l’autre. Une rencontre faite de mots et de gestes mêlés parce que la « Parole a été faite chair » (Jn 1, 14), elle est par conséquent inséparable des langages humains qui la portent. 

On ne saurait toutefois confondre les langages sur Dieu qui appellent à la foi et qui sont la responsabilité du témoin, avec la Parole de Dieu qui seule peut susciter la foi. « La foi, écrit Luther, est l’œuvre de Dieu et non de l’homme » (2) C’est dire que le témoin ne maîtrise pas l’événement qu’il vise. Il ne peut prétendre à l’efficacité de son témoignage et ce qu’il devient ne lui appartient pas. Ses mots et ses gestes ne sauraient, en eux-mêmes, opérer la rencontre subjective de la foi au Christ. 

Si cette rencontre advient, c’est parce qu’à travers ses langages les plus ordinaires, les plus imparfaits, les plus fragiles parfois, un Autre parle. Je rappelle chez Calvin la place essentielle faite au « témoignage intérieur du Saint-Esprit ». Le témoin ne peut donc, au mieux, que préparer le chemin en renvoyant à cette présence qui est au-delà de tous les discours. En cela, Jean-Baptiste est la figure du témoin. Comme dans le retable d’Issenheim, il est celui qui, de son doigt, désigne le Christ, mais son rôle s’arrête là. 

retable d'issenheim

Que retenir pour notre thème de cette manière de comprendre le témoignage ?
- D’abord l’envisager comme une rencontre, préserve de toute forme d’évangélisation arrogante et dominatrice. Car dans une vraie rencontre on ne cherche pas à imposer à tout prix ses convictions, mais on les partage dans un dialogue qui se risque à l’interpellation mutuelle et à une réciprocité dont nul ne sort indemne, ni inchangé.
- D’autre part, si l’événement de la foi ne relève pas de l’initiative humaine mais de Dieu, l’expression de la conviction se trouve d’emblée articulée à la tolérance. Car si le témoin n’est plus habité par le désir d’imposer à tout prix ce qu’il croit, il respectera la liberté d’autrui. Ainsi Luther peut écrire : « Là où par une loi humaine on prétend imposer aux âmes de croire telle ou telle chose au gré de la volonté humaine, la Parole de Dieu n’est assurément pas présente. Chacun court son propre risque en choisissant sa manière de croire et chacun doit veiller lui-même à ce que sa foi soit correcte, car la foi est une œuvre libre et on ne peut y forcer personne. » (3) 

1.3 Témoigner de la vérité 

Dans cette perspective, qu’en est-il alors du rapport à la vérité, ce à quoi je tiens vraiment, ce qui me fait vivre, ce qui a modifié ma vie, ce qui constitue le sens ultime de mon existence.
Je perçois deux dérives aujourd’hui.
·D’un côté on considère parfois que toutes les vérités se valent, sont équivalentes, etc... C’est une forme de relativisme mou, fruit de l’individualisme post-moderne, qui s’accommode facilement des différences mais qui n’est souvent, au fond, qu’une forme d’indifférence. (4) Or la notion de vérité est nécessairement à l’horizon de toute quête spirituelle, comme de toute recherche théologique. Même si on considère que la vérité ne peut se laisser emprisonner dans un discours dogmatique immuable. 

  • ·Comme le font, autre dérive, les fondamentalismes religieux qui, eux, absolutisent leur vérité, considérée comme une réalité objective et universalisable. Cette posture relève moins d’une foi en la vérité que d’un prétendu savoir sur la vérité. Du coup si la vérité est sue, elle ne fait plus de place au doute, à l’interpellation, à la critique, elle devient une vérité en soi incontestable et indiscutable. 

2 Martin LUTHER, De la captivité babylonienne de l’Église, Œuvres II, Genève, Labor et Fides, 1966, p.205.
3 Martin LUTHER, De l’autorité temporelle et des limites de l’obéissance qu’on lui doit (1523), Œuvres, IV, Genève, Labor et Fides, 1958, p.31. 

4 « La dénonciation de l’impérialisme du Vrai est une figure exemplaire du post-modernisme ».
Gilles LIPOVETSKY, L’ère du vide. Essais sur l’individualisme contemporain, Paris, Gallimard, pp.104. 

Page 3 

Ce qui n’est pas recevable pour les témoins d’une Parole qui, en Christ, est venue habiter l’humaine condition avec ses limites et ses fragilités et qui se donne à voir sous les traits d’un crucifié. 

  • ·Je pense personnellement qu’il faut se tenir à distance aussi bien d’une relativisation de la vérité que de son absolutisation objectivante. Si la vérité est nouée à la foi, on ne peut pas la savoir, on ne peut pas l’avoir, on peut seulement la croire. C’est-à-dire, pour reprendre ce que je disais au début, se fier à elle. Autrement dit, elle n’est pas la vérité en soi, indépendamment du lien que j’entretiens avec elle, mais elle est toujours et seulement la vérité « pour moi » (Luther). Ce n’est pas une vérité absolue, ce qui n’exclut pas qu’elle soit absolument la vérité pour moi, ici et maintenant. C’est une vérité existentielle. 

On voit en quoi ce caractère subjectif de la foi garde le croyant de la tentation de l’imposer à 

l’autre au détriment de sa liberté, comme une sorte de vérité objective, voire à portée universelle. Car cette vérité n’est pas une doctrine à savoir, c’est un sujet que je rencontre : Celui qui affirme « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6). 

Ainsi le protestantisme met au centre le tête-à-tête avec Dieu, les rapports que le croyant peut entretenir avec Lui dans son intériorité, l’écouter et lui parler sans intermédiaires obligés. Il n’est pas d’abord le membre d’une communauté, d’une Église, d’un conseil presbytéral, mais quelqu’un d’unique à qui Dieu parle et dont il attend une réponse, faisant de chacun un sujet libre et responsable. 

Ce qui me conduit à envisager maintenant les deux premiers mots du titre « liberté » et « conscience ». 

1.4 Liberté de conscience 

Deux notions importantes en théologie protestante, mais sur lesquelles il peut y avoir des malentendus, si nous les lisons de manière anachronique avec nos lunettes d’aujourd’hui.
·En effet, si les Réformateurs ont valorisé la dignité du sujet, avec sa capacité de liberté individuelle, leur compréhension n’est pas celle de l’individu contemporain, quand il réclame une liberté sans limite, désarrimée du souci de l’autre et du bien commun, quand il vit dans l’illusion de sa toute puissance et de sa toute maitrise. 

On voit ici le risque d’intolérance quand le sujet prétend trouver en en lui-même son propre fondement.

Pour Luther notamment, la liberté chrétienne ce n’est pas faire ce que j’ai envie de faire, selon mes convenances ou mes désirs personnels, « où je veux, comme je veux, quand je veux », ce n’est pas une libération conquise par les forces humaines, c’est une liberté reçue de Dieu dans la foi. C’est pourquoi, il parle de la liberté du croyant de manière paradoxale en la décrivant avec le langage de la captivité.
Cf citation atelier 1 : « Le chrétien est l’homme le plus libre : maître de toutes choses, il n’est assujetti à personne. Le chrétien est en toutes choses le plus serviable des serviteurs : il et assujetti à tous. » (5) On peut aussi évoquer sa déclaration à la Diète de Worms (1521) : « Je suis dominé par les Saintes Écritures que j’ai citées et ma conscience est liée par la Parole de Dieu. Je ne peux ni ne veux me rétracter en rien, car il n’est ni sage ni prudent d’agir contre sa conscience ». On retrouve l’autre mot du titre.
·Cette notion de conscience est en effet importante chez Luther. Il la définit de manière très spécifique comme le lieu à la fois intime et tourné vers l’extérieur, où le croyant est rejoint et interpellé par des réalités différentes voire contraires.
D’une part, le monde avec ses propres logiques, ses contraintes et ses idoles. D’autre part, la Parole de Dieu, entendue dans la Bible. C’est dans la soumission à cette Parole que réside la source da sa liberté, c’est elle qui lui permet de résister aux conformismes et aux conditionnements de tous ordres, c’est-à-dire de ne pas « se conformer au monde présent » (Rm 12,2).
L’existence du chrétien est, du coup, une existence en tension, sans cesse tiraillée par diverses instances qui le rejoignent au plus profond de son être, qui entrent parfois en conflit les unes avec les autres, car chacune d’elles veut être l’instance dernière. C’est cette complexité de sollicitations qui fait de l’existence humaine une existence en débat, traversée de questions, de convictions et de doutes assumés dans l’intériorité du croyant. 

5 Martin LUTHER, Traité de la liberté chrétienne, Œuvres, II, Genève, Labor et Fides, 1966, p.275. 

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  • ·C’est dire qu’avant d’être une réalité communautaire ou sociale, le débat est une réalité intérieure, il a lieu dans la conscience du croyant. Nous en faisons tous l’expérience. Devant une décision à prendre, un avis à donner, un choix à faire, j’écoute parler en mon for intérieur les différentes voix qui s’y logent, j’évalue tour à tour, en moi-même, le pour et le contre jusqu’à ce que la décision soit prise. 

Si j’insiste sur cette prise en compte de la réalité d’un débat intérieur et sur son importance, c’est aussi parce qu’elle devrait permettre de vivre les débats avec les autres de manière moins manichéenne, moins dogmatique, moins conflictuelle, puisque chaque personne peut se reconnaître comme un être partagé. 

Par conséquent, vous le voyez, lorsque s’ouvre le nécessaire débat communautaire, ces hésitations intérieures, ces interrogations sont autant d’antidotes aux réactions d’intolérance et aux exclusives.
On peut également en tirer des conséquences pour le ministère du conseil presbytéral et le rôle individuel de chaque conseiller en son sein. Au fond, comme la conscience de l’individu, le conseil presbytéral est un lieu de débat, parfois de tensions, voire de conflits, car chacun a la responsabilité et le devoir de s’exprimer librement. 

Toutefois, cette liberté totale reçue du Christ, cette liberté de « tout dire » (parrhèsia) plusieurs fois soulignée dans les Actes des Apôtres notamment (6), n’est pas une liberté individualiste, désarrimée de la relation à Dieu et aux autres. Elle s’exerce dans la soumission commune au Christ, à l’écoute de la Parole de Dieu et dans le discernement collégial de sa volonté (« dans la soumission mutuelle » disent les engagements pris par les conseillers presbytéraux). 

Ce qui est vrai du conseil est vrai aussi des synodes. C’est pourquoi on y siège comme délégué et non comme représentant. Il n’y a pas de mandat impératif qui lierait la personne. C’est en conscience, devant Dieu et à l’écoute des sœurs et des frères que l’on décide librement. 

Ce qui implique la solidarité avec les décisions une fois qu’elles ont été prises. En sachant que si en conscience on ne peut plus être solidaire, on garde la liberté de démissionner de la charge que l’on avait reçue. 

2. NOURRIR ET ECLAIRER LA FOI 

Cette tâche d’édification de la foi est essentielle pour le conseil presbytéral lui-même « Vous poursuivrez votre formation spirituelle, théologique et humaine est-il dit dans les engagements. Ainsi, vous aurez à cœur de renouveler l’élan de votre ministère ». Le conseil s’engage également à « porter la responsabilité spirituelle et matérielle de la communauté », c’est-à-dire, pour reprendre le titre, à « construire l’Eglise ». 

2.1 Le ressourcement spirituel 

Cette édification commence par le permanent ressourcement spirituel, à la fois individuel et communautaire, et, là encore, cela concerne d’abord le conseil lui-même C’est en effet dans l’écoute commune de la Parole et dans la prière qu’il a à discerner la volonté de Dieu. Il ne faut jamais oublier qu’avant d’être une démarche théologique d’ordre intellectuel, la Réforme est le fruit d’une expérience spirituelle, l’événement d’une rencontre avec Dieu où le croyant découvre qu’il est aimé par Lui inconditionnellement. 

Or c’est parfois le paradoxe du protestantisme de défendre une théologie de la grâce, mais sans pour autant échapper à toutes sortes d’activismes qui ne sont que des formes sécularisées de salut par les œuvres. Cela interroge nos vies personnelles et ecclésiales quand nous nous dispersons et nous désespérons dans ce qui est secondaire. Quand parfois nous épuisons par nos appels à la disponibilité et à l’engagement celles et ceux qui donnent déjà beaucoup aux autres et à l’Église. Quand nous décourageons par des seuls débats doctrinaux ou institutionnels ceux qui, en recherche et parfois en souffrance, se tournent vers nos communautés. C’est dire combien il est important de ne pas nous éparpiller dans la seule extériorité mais de retrouver cet ancrage intérieur qui est la source de tout renouvellement dans nos vies, dans nos ministères, dans notre témoignage, dans nos engagements solidaires. 

6 Ac 2,29 ; 4,13 ; 4,29 ; 4,31 ; 9,27 ; 13,46 ; 14,3 ; 18,26 ; 19,8 ; 26,26 ; 28,31. 

Page 5 

« Si nous ne faisons pas l’expérience d’être habités par plus que nous-mêmes, comment pouvons-nous témoigner dans ce monde, d’une Parole à la fois porteuse d’espérance et critique envers tout ce qui empêche l’espérance ? » (7) 

Dans la vie spirituelle nous réalisons que Dieu est toujours au-delà de nos discours, qu’il échappe à toute mainmise et que par conséquent nul ne peut prétendre en imposer sa propre compréhension. Elle garde ainsi notre témoignage de toute prétention dominatrice et intolérante. 

2.2 L’intelligence de la foi 

Le 2ème aspect de cette tâche d’édification c’est ce que j’appelle l’intelligence de la foi. Elle est, en protestantisme, la responsabilité de tous car nous n’avons d’autre instance pour décider de la vérité, que celle de notre écoute personnelle et communautaire de la Parole. Je rappelle les mots de Luther : « Le Christ [...] enlève aux évêques, savants et conciles, [...] le droit et le pouvoir de juger la doctrine pour les donner à chacun et à tous les chrétiens en général [...]. Là où nous avons pour nous la Parole de Dieu, c’est à nous, et non pas à eux, de juger si c’est juste ou injuste ; et ils doivent s’effacer devant nous et obéir à notre parole. » (8). Ainsi, contrairement à ce qui est dit parfois, le peuple protestant n’est pas sans magistère, mais celui-ci est disséminé dans l’ensemble du peuple de l’Église, pour autant qu’il ne se dérobe pas à sa tâche théologique. Nous sommes en effet « tous théologiens » 9 pour reprendre le titre du livre de Raphaël Picon, appelés à penser notre foi et à en rendre compte dans des mots compréhensibles pour nos contemporains. Cette intelligence de la foi est indispensable au témoignage, qui requiert en effet de penser ce que l’on croit et de le faire dans un dialogue avec la culture, la science, les savoirs contemporains en acceptant le défi de l’interpellation réciproque. Elle est source de responsabilité pour le croyant, étymologiquement appelé à répondre, répondre à Dieu et répondre de sa foi devant les autres. Cela requiert, au sein de chaque communauté, un travail de formation, d’éducation, de débat, d’apprentissage de l’esprit critique visant à une autonomie dans la foi. « L’Église est une école » disait Calvin. Cette intelligence de la foi, qui n’a rien à voir avec l’intellectualisme, ne détruit pas la foi, comme certains le craignent. C’est une exigence de la foi elle-même qui combat aussi bien l’apathie spirituelle que le fanatisme. Car dans « convaincre » il y a « vaincre » et donc toute conviction peut devenir dangereuse, porteuse d’intolérance. Comme l’a écrit Paul Ricœur: «C’est du fond même d’une conviction forte qu’il y a péril de violence » (10) 

Il est donc nécessaire pour le croyant de toujours articuler la conviction et la critique, l’acte de croire et de comprendre. C’est ce qui permet d’endiguer les poussées d’émotionnel et d’irrationnel facteurs d’intolérance. C’est une manière de résister à ce qu’Olivier Roy appelle la « sainte ignorance » (11), ce découplage inquiétant entre foi et raison, entre religion et culture. La dérive apparaît dès que l’on absolutise une conviction, qu’elle soit religieuse, philosophique ou idéologique. Un signe de cette tentation dans le champ culturel, sociétal ou politique, c’est quand on commence à écrire les noms avec une majuscule : le Parti, le Progrès, La Raison, la Race, la Nation, la République... La vérité est alors sacralisée comme une réalité intouchable, un savoir incontestable, indiscutable (ab solus signifie à partir de soi seul, qui ne connaît et reconnaît rien d’autre que soi et sa vérité). 

Or justement, pour la Réforme, je l’ai dit, la foi n’est pas de l’ordre d’un savoir absolutisé. Elle n’est pas un contenu de vérité sur Dieu, mais une rencontre en vérité avec Dieu, que nul ne peut maîtriser, ni imposer. Tous les langages pour en rendre compte sont certes indispensables mais on ne saurait les sacraliser, car ils ne sont pas Dieu, ils ne font que renvoyer à Lui et appeler à la foi. (12)

7 Francine CARRILLO, « L’espace de prière de Champel », in : Le culte protestant (coll.), Actes des États Généraux du culte protestant, 2ème supplément aux Cahiers de l’I.R.P., janvier 2001, p.22. 

8 Martin LUTHER, Qu’une assemblée ou communauté chrétienne a le droit et le pouvoir de juger de toutes les doctrines... (1523), Œuvres, IV, Genève, Labor et Fides, 1958, pp.82-83. 

9 Raphaël PICON, Tous théologiens, Paris, Van Dieren éditeur, 2001.
10 Cité in : La montée des intégrismes (CEPPLE éd.), Lattes, 1998, p.3.
11 Olivier ROY, La sainte ignorance : le temps de la religion sans culture, Paris, Le Seuil, 2008. 

12 Un théologien catholique, Raimon Panikkar, raconte une petite parabole qui illustre cela : un jeune homme, éloigné pour une longue période de la femme qu’il aime, lui écrit chaque jour ; quand il revient, des années plus tard, il découvre qu’elle a épousé le facteur ! Voilà ce qui se passe quand on confond le Dieu qui nous aime avec ce qui nous parle de Lui ! 

Page 6 

Cette approche critique du fait religieux concerne les doctrines, les rites, les institutions ecclésiales, les textes fondateurs y compris la Bible elle-même, dont les Réformateurs nous ont précisément appris à ne pas faire une lecture fondamentaliste mais interprétative et pour cela rigoureuse. Car qu’est-ce que le fondamentalisme ? C’est identifier la lettre du texte avec la Parole de Dieu, posée alors comme un absolu universalisable. 

Cette démarche de désacralisation ne signifie pas un relativisme de la conviction, je l’ai dit, mais c’est une manière de l’articuler toujours à la tolérance. 

2.3 Se former dans la perspective du témoignage 

Cette formation peut prendre bien des visages parfois nouveaux, voire inédits. Certains sont même déjà une forme de témoignage, quand d’autres permettent plus spécifiquement d’équiper les militants en vue du témoignage. J’en souligne brièvement quelques aspects.
·D’abord il y a une demande de formation de la part de celles et ceux qui assument une tâche de formation dans l’Eglise en vue de sa mission. Et pour cela ils ont besoin d’acquérir des connaissances et des compétences avant d’en faire profiter d’autres (conseillers presbytéraux, prédicateurs, catéchètes, visiteurs...). 

  • ·Il y a aussi une demande théologique des fidèles qui ont à cœur de vivre leur foi dans leurs engagements profanes. Ils attendent que leur Église les y accompagne, qu’elle les aide à repérer et formuler les enjeux, les questions, les défis, qu’elle leur offre pour cela des lieux de réflexion, de libre parole, de ressourcement, de lecture de leurs engagements quotidiens à la lumière de l’Évangile. Ceux qui le réclament aujourd’hui me semblent plus nombreux et plus exigeants. 
  • ·Je mentionne encore les nouveaux venus qui arrivent dans notre Église et qui ne sont pas issus du sérail historique. Ils en méconnaissent souvent la tradition culturelle, liturgique, théologique, institutionnelle. Or ils accèdent parfois très vite à des responsabilités au sein d’un conseil ou d’un synode dans une ignorance assez grande des modalités qui structurent notre vivre ensemble. Ceci dit, cette difficulté peut aussi concerner ceux qui sont tombés dedans quand ils étaient petits ! D’où l’importance de la formation pour tous. 
  • ·Je pense aussi à ces lieux «d’entraînement au témoignage» tels que les décrit Laurent Schlumberger dans son ouvrage Sur le seuil (13). Un entraînement pour apprendre à surmonter sa timidité, conjurer sa peur d’imposer, de blesser ou d’ennuyer. Des lieux pour apprendre à témoigner en reconnaissant ses propres fragilités, ses limites, ses questions et même ses doutes. 

Car la foi n’est pas de l’ordre de l’évidence, de la preuve, de la manifestation qui s’impose. Je l’ai déjà dit, consentir à cela, dans notre témoignage constitue le premier antidote à l’intolérance toujours possible. 

  • ·Enfin, je souligne l’attente d’une parole théologique sur les grandes questions de société : interventions dans l’espace public, conférences, tables rondes, comités d’éthique, articles dans la presse... Une compétence biblique et théologique est aujourd’hui attendue, et pas seulement de la part des pasteurs, bien au-delà des frontières de l’Église. 

On comprend pourquoi une telle tâche théologique ne peut se réduire au travail biblique et doctrinal. Mais elle doit se nourrir aussi des apports, des questions, des critiques des savoirs contemporains, notamment des sciences humaines (par exemple réflexion sur l’autorité, l’individualisme, l’institution...) Pour une telle démarche de formation, on ne peut plus seulement partir d’un référentiel biblico-théologique de manière déductive, il faut partir des questions existentielles des gens et les mettre en corrélation. 

3. UNE ÉGLISE QUI TEMOIGNE 

3.1 Perspectives ecclésiologiques 

Comme je l’ai dit à Marc Pelcé quand il m’a contacté, j’ai une certaine réserve à l’égard de l’expression qui a cours dans l’EPUdF : « Une Église de témoins ». 

13 Laurent SCHLUMBERGER, Sur le seuil, Lyon, Olivétan, 2005, p.78. 

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Ce n’est pas la dimension missionnaire ainsi exprimée qui me fait problème, j’y reviendrai, c’est le malentendu que cette expression peut susciter sur le plan ecclésiologique. Elle peut, en effet, donner à penser que seuls ceux qui se considèrent effectivement comme des témoins, ou qui veulent le devenir, pourraient y trouver leur place ou la constituer. 

Or ce qui caractérise la compréhension très spécifique que la Réforme a de l’Église, c’est qu’elle se définit par la Parole qui la rassemble (étymologie) et qui l’envoie, jamais par les qualités de ses membres. C’est une Église où chacun peut venir se ressourcer à son rythme, à l’écoute de cette Parole, sans qu’il lui soit demandé une qualification particulière, comme devenir un militant actif du témoignage. (Même si on peut être témoin sans le savoir ni le vouloir). 

Contrairement à la position du catholicisme ou celle des Églises de professants (monde évangélique) (14), l’Église visible, pour les luthéro-réformés, n’est pas une Église de purs (doctrinalement ou moralement) composée de membres identiques, conformés à un seul modèle. Elle est toujours, diront les Réformateurs, un corps mélangé (corpus mixtum). 

Rien ne permet donc jamais d’identifier, confondre ou relier objectivement l’Église invisible avec l’Église visible qui est un visage de son incarnation dans l’histoire. Elle est toujours autre chose que ce que nous en savons et en voyons. Elle dépasse les communautés repérables et tous les chrétiens ne sont pas dans les Églises visiblement organisées. C’est ce que professe notre Eglise dans le 1er article de sa Constitution « aucune Eglise particulière ne peut prétendre délimiter l’Eglise de Jésus-Christ, car Dieu seul connaît ceux qui lui appartiennent ». Ainsi aucune Eglise ne peut prétendre fixer et définir la réalité de l’Église. Ce qui n’empêche pas que cette tentation de « perfectionnisme ecclésiologique » a pu exister aussi quelquefois dans le protestantisme. Elle est d’ailleurs déjà dans le Nouveau Testament. Je pense à cet épisode où les disciples veulent rejeter quelqu’un qui opère des miracles au nom du Christ (qui réussit là où ils ont échoué !) au motif qu’il ne fait pas partie de leur groupe. Et Jésus leur dit « Ne l’empêchez... Qui n’est pas contre nous est pour nous. » (Mc 9, 38-41). 

On voit à travers cet exemple en quoi notre ecclésiologie spécifique devrait constituer un rempart contre toute suffisance intolérante. 

3.2 Une Église missionnaire 

  • ·En effet, si j’ai dit mes réserves à l’égard de l’expression « Église de témoins », j’acquiesce totalement à la formulation qui a été retenue dans votre titre : une « Église qui témoigne ». Car créée par la Parole, l’Église n’a d’autre mission, d’autre raison d’être que d’en témoigner. Destinataire du message de l’Évangile de Jésus-Christ, elle est simultanément agent de transmission de ce message. Ainsi l’Église existe dans sa mission et par sa mission. Comme le dit Daniel Marguerat elle « est missionnaire de naissance ». (15) C’est ce qu’exprime, toujours dans son article premier, la Constitution de notre Église : « Elle a pour raison d’être d’annoncer au monde l’Évangile ». 
  • ·Dans cette perspective, j’aime à dire que si nous ne sommes pas une Église multitudiniste (qualificatif qui pourrait faire sourire quand on pense aux effectifs de nos communautés !), mais nous sommes une « Église pour la multitude », appellation qui souligne sa raison d’être qui est de témoigner de l’Évangile auprès de tous. Je caractérise ce projet missionnaire par deux verbes : Écouter et déplacer. 
  • ·Écouter. C’est-à-dire accueillir les attentes multiples, accompagner les cheminements divers des femmes et des hommes de ce temps, s’efforcer d’y répondre sans les mépriser, ni les rejeter, avec comme seul souci d’aider chacun à placer sa vie devant Dieu, à lui faire entendre la Parole dans le respect de sa quête singulière. 

14 En effet, écrit Pierre Bühler, « autant dans la grande institution de salut que dans les petites communautés de purs, tout tend vers la réalisation visible et tangible d’une Église parfaite, de la vraie Église. » Il parle alors de « perfectionnisme ecclésiologique » qui vise à une mise en relation immédiate et parfaite de l’Église visible et de l’Église invisible. « C’est ici la tentation de voir la vraie Église réalisée dans une Église jugée parfaite. » A l’inverse, pour les luthéro-réformés, il parle d’« indéterminisme ecclésiologique ». Pierre BÜHLER, « L’Église réformée : une Église sans mystère ? », Irenikon, 1988/4, pp.502-503. 

15 « L’Église créée à Pentecôte est missionnaire, non pas par vocation, mais par définition. L’Église n’est pas créée comme un groupe qui recevrait, après coup, une vocation missionnaire, mais elle est créée en tant que communauté missionnaire. L’Église est missionnaire de naissance. »
Daniel MARGUERAT, « L’Esprit et la Parole », in : Le Dieu des premiers chrétiens, (Essais bibliques), Genève, Labor et Fides, 1990, pp.204- 205. 

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C’est au croisement de cette double écoute, écoute de la Parole de Dieu et écoute des paroles humaines que peut se situer le témoignage de l’Église, sauf à répondre à des questions que nos contemporains ne se posent pas. C’est seulement dans la corrélation avec leurs préoccupations existentielles, que l’Église sera audible et que l’Évangile pourra être entendu. 

On mesure ce que cette attitude implique d’attention à l’autre, de réciprocité, de dialogue, 

d’interpellation mutuelle, de cheminement partagé.
·Déplacer. Mais ce projet missionnaire implique aussi le courage de déplacer les demandes et les quêtes parfois bien ambiguës de notre monde, les décaler en fidélité à l’Evangile. Car si l’Église est là pour tous, elle n’est pas là pour tout, sa seule mission étant d’annoncer la Parole. Or cette Parole qui témoigne d’un Christ serviteur va souvent à contrecourant des logiques et attentes de ce monde.
Ecouter implique donc aussi de résister aux dérives d’une Église « à la carte », version ecclésiale de l’individualisme contemporain, chacun gardant de l’Église « ce qui lui convient, comme ça lui convient, quand ça lui convient ». Une religion sur mesure, faite plus souvent d’engouement que d’engagement. Et donc tout en allant le plus loin possible dans la rencontre des femmes et des hommes de ce temps, dans l’écoute de leurs attentes, nous ne devons pas oublier que l’essentiel pour l’Eglise, sa raison d’être est l’annonce de l’Évangile du Christ. En sachant que cette logique du décalage peut parfois offrir autre chose que ce qui est demandé (cf l’aveugle Bartimée, il est « guéri » de sa cécité mais aussi « sauvé »).
·L’un des passages bibliques les plus frappants pour illustrer cette démarche d’écoute et de déplacement est l’épisode de Paul témoignant de l’Evangile auprès des philosophes d’Athènes (Ac 17, v.16 à 34). Cette posture devrait caractériser notre témoignage auprès de celles et ceux qui cherchent du sens, qui se tournent aujourd’hui vers notre Église, celles et ceux qui ne sont pas des membres au sens traditionnel du terme et qui choisissent certaines occasions ou certains moments de leur vie pour écouter l’Évangile, vivre quelque chose dans la communauté ecclésiale, venir s’y ressourcer à leur rythme à l’écoute de la Parole (par exemple à l’occasion de ce que l’on appelle les « actes pastoraux »).
·C’est dire que l’on ne peut être une Église pour la multitude, une Église « sur le seuil », sans que soit assumée aussi de différentes manières la dimension confessante de l’Eglise. C’est là encore ce qu’exprime notre Constitution quand après avoir rappelé la perspective missionnaire de l’Église, se définissant comme « ouverte à toute personne » il est aussitôt écrit dans ce même article « qu’elle appelle à croire en Jésus-Christ, à approfondir sa foi par la lecture de la Bible et l’écoute de la prédication ». Celles et ceux qui exercent un ministère (conseil presbytéral, pasteurs...) ont la responsabilité d’y veiller et d’abord pour eux-mêmes. 

Question : dans l’EPUDF où et comment peut être assumée cette dimension « confessante » de l’Église autrement que par la qualité ou la qualification de ses membres ? 

3.3 Témoignage et laïcité 

Si les protestants français ont contribué à l’avènement de la laïcité à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème c’est d’abord pour des raisons historiques. Ils y ont vu la garantie de leur liberté religieuse et un facteur de reconnaissance et d’intégration dans la société française.
En effet, la laïcité c’est d’abord la liberté de conscience et de culte pour tous, la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté d’avoir ou pas une religion, la liberté d’en changer, la liberté d’exprimer publiquement ses convictions et ses croyances sous réserve du respect de l’ordre public. Ce rôle de régulation du religieux par le politique demeure particulièrement nécessaire aujourd’hui, en un temps où les religions semblent plus que jamais en danger d’intolérance et de fondamentalisme fanatique. La laïcité protège notre témoignage de toute dérive hégémonique et dominatrice. C’est pourquoi les protestants y demeurent plus que jamais attachés. 

Mais si les protestants sont attachés à la laïcité c’est aussi parce qu’ils ont une affinité théologique avec elle. A certains égards, on peut même dire sans faire d’anachronisme, que les Réformateurs en ont posé les prémisses. En effet, à la suite du message biblique, ils ont reconnu l’autonomie et la dignité d’un espace laïque du monde, organisé selon les seules logiques séculières. De ce monde commun, les croyants sont partie prenante, Dieu leur confiant la mission de le servir et le transformer, à travers leurs engagements profanes, qu’ils soient culturels, scientifiques, politiques, usant de leur raison de manière responsable. 

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Pour autant, ils ne sauraient prétendre le gérer à partir de leurs seules convictions de foi. Ce serait faire de l’Evangile une loi. Il n’est pas possible de tirer de la foi en Dieu, une éthique sociale ou politique, un système de valeurs et de règles qui s’imposerait à tous. Aucune religion ne devrait donc se prétendre « experte en humanité », pour reprendre une expression illustrant la position officielle de l’Église catholique romaine. Luther comme Calvin, chacun à leur manière, distingueront et articuleront « règne de Dieu » et « règne du monde », sans jamais les confondre, ni les séparer. Il n’y a chez eux, en principe, ni théocratie (même si cela peut se discuter pour certains de leurs engagements concrets), ni fuite hors de l’histoire. C’est à dire que si l’Eglise ne doit pas se poser en magistère moral, voire politique de la société, elle n’est toutefois pas exilée hors de l’espace public. (16) C’est précisément ce que permet la laïcité qui n’est d’aucune manière une privatisation de la religion. Elle garantit au contraire le libre exercice public des cultes pour autant qu’ils ne mettent pas en cause la légitimité et l’ordre républicains. Sous cette réserve les Eglises peuvent témoigner publiquement et librement de leur compréhension de l’humain à la lumière de l’Évangile. Par l’expression de leurs propositions et de leurs questions, elles contribueront à élaborer, à partir de leurs convictions spécifiques, les valeurs communes, les consensus, les « compromis » qui permettent de « vivre ensemble ». Je rappelle que compromis n’est pas compromission. Dans compromis il y a la promesse de tenir ensemble ce que l’on croyait au départ incompatible. L’expression publique des Églises et religions est donc non seulement possible dans une société laïque, mais elle est légitime et nécessaire. 

CONCLUSION 

Cela implique, dans notre témoignage, de nous démarquer d’une logique de vases communicants où l’un donne, et l’autre reçoit. A l’inverse, dans cette perspective, les deux sujets sont acteurs et les deux en sortent changés et renouvelés. Car nul ne peut témoigner s’il n’est lui-même à l’écoute d’autrui et s’il n’accepte, par avance, d’être transformé dans un rapport de réciprocité. En effet, sauf à réduire l’Évangile à un corps de réponses toutes faites, intangibles, celui qui témoigne accepte par avance d’être interrogé, décalé, déplacé, enrichi par la parole de l’autre. Une telle réciprocité peut d’ailleurs permettre d’affermir et d’approfondir sa propre foi. Dans ce témoignage il ne s’agit donc pas d’imposer ses convictions, mais de les proposer, plus encore de les exposer au double sens du verbe exposer. C’est-à-dire de les présenter, de les partager, mais aussi de les risquer dans la rencontre avec les convictions d’autrui. 

Dans cette perspective, toute conviction exprimée se trouve d’emblée articulée à la tolérance. Contrairement à ce que l’on pense trop souvent, ces deux notions ne s’excluent pas. En effet, la conviction n’est pas forcément l’expression d’une position dominatrice sur le plan spirituel, moral ou intellectuel. Elle est un engagement de toute la personne envers une vérité que l’on ne cesse de chercher, d’interroger et, pour les protestants, de recevoir comme un don, et non comme une propriété. Quant à la tolérance, elle n’est pas l’indifférence, cette forme de « tolérance usé́e », cette toleérance « molle » qui tolère l’intolérable. La véritable tolérance est une forme de respect d’autrui et d’intérêt pour autrui et elle ne peut se vivre précisément qu’entre des hommes et des femmes de conviction et de courage. C’est pourquoi Michelet la considérait comme « une idée paradoxale ».(17)

Conviction et tolérance constituent donc bien les deux conditions indispensables du témoignage chrétien. Ce sont elles qui nous protègent, pour reprendre les mots de votre titre, de nos désirs toujours bien présents d’« imposer » et de « convaincre ». Je le dis, en terminant, avec les mots de Paul Ricœur : « si vraiment les religions doivent survivre, il leur faudra renoncer à toute espèce de pouvoir autre que celui d’une parole désarmée et faire prévaloir la compassion sur la raideur doctrinale... » (18)

Michel BERTRAND 

16 Cette notion d’« espace public » a notamment été conceptualisée par un penseur allemand, Jürgen Habermas, qu’il définit comme la sphère intermédiaire entre la société civile des individus et l’État. C’est la place publique d’antan où des positions personnelles peuvent se dire publiquement, un lieu accessible à tous où s’instaure un débat libre entre des convictions diverses. Mais cet espace public n’est pas seulement celui de la confrontation, il est également celui où, par-delà les différences, une société élabore ses références communes. 

Jürgen HABERMAS, L’espace public, Paris, Payot, 1993. 

17 Il prenait en exemple Luther écrivant à ceux qui voulaient exterminer les paysans anabaptistes « Vous ne devez point les empêcher de parler. Il faut qu’il y ait des sectes et que la Parole de Dieu ait à lutter. Qu’on laisse dans son jeu le combat et le libre choc des esprits ».
Jules MICHELET, Histoire de France au XVIème siècle, tome III, « Guerres de religion », in : Œuvres complètes, Flammarion, 1980. 

18 Paul RICŒUR, cité par Jean DANIEL, Dieu est-il fanatique ?, Paris, Arléa, 1996, p.9

11 février 2019

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10 février 2019

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