Service formation et accompagnement pour l'Église protestante unie région parisienne

12 février 2019

LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE POUR CONSTRUIRE UNE ÉGLISE QUI TÉMOIGNE

COMMENT UNE FOI ÉCLAIRÉE NOUS LIBÈRE DES DÉSIRS DE L'IMPOSER, DE CONVAINCRE, DE RALLIER ? 

Rencontre des conseillers presbytéraux EPUDF en Région parisienne

Samedi 23 mars 2019 de 9h30 à 16h00

Plan de la présentation par le pasteur Michel BERTRAND, (le texte complet de la conférence se trouve après le programme de la journée)

 Introduction

 1. Vivre sa foi

 

 1.1 L’expérience de la foi

 1.2 Le défi du témoignage

 1.3 Témoigner de la vérité

 1.4 Liberté de conscience

          2. Nourrir et éclairer la foi

          2.1 Le ressourcement spirituel

          2.2 L’intelligence de la foi

          2.3 Se former dans la perspective du témoignage

                    3. Une Église qui témoigne

                    3.1 Perspectives ecclésiologique 

                    3.2 Une Église missionnaire

                    3.3 Témoignage et laïcité

          Conclusion

LIBERTÉ-DE-CONSCIENCE 

Conseillers-presbytéraux-2019  

LA LIBERTE DE CONSCIENCE POUR CONSTRUIRE UNE GLISE QUI TEMOIGNE

Comment une foi éclairée nous libère de nos désirs de l’imposer, de convaincre, de rallier ? 

Rencontre des conseillers presbytéraux EPUDF en Région parisienne
Samedi 23 mars 2019 de 9h30 à 16h00

 

Pasteur-Michel-Bertrand

Le titre qui m’a été confié est presque déjà, à lui tout seul, une conférence ! Je ne prétends pas en parcourir tous les aspects, ni répondre à toutes les questions et attentes qui le sous-tendent. Je vais au moins tenter d’en suivre les grandes articulations dans l’organisation même de mon propos.

- En effet les mots « liberté » et « conscience » renvoient fondamentalement à l’expérience personnelle et communautaire de la foi. Ce sera ma première partie que j’intitule « Vivre sa foi » (Programme du 1er atelier). 

- Le verbe « construire » désigne la tâche d’édification, la nécessité du ressourcement et de la formation, notamment théologique, c’est-à-dire « Nourrir et éclairer la foi », comme il est dit dans le sous-titre. Ce sera la problématique de ma 2ème partie (Sujet du 2ème atelier).
- Enfin, 3ème partie, une « Église qui témoigne » ouvre sur une visée ecclésiologique, à savoir la raison d’être, le rôle et la finalité de l’Église, c’est-à-dire sa mission et son rapport au monde. (Question qui sera au cœur du 3ème atelier). 

J’essaierai de repérer, chemin faisant, les risques d’intolérance possiblement liés au témoignage et surtout les antidotes que nous pouvons puiser dans notre tradition théologique pour conjurer ce danger. 

1. VIVRE SA FOI 

J’aborderai 4 points dans cette première partie. 

1.1 L’expérience de la foi 

Alors qu’est-ce que la foi ? On considère en général que le mot foi appartient au seul langage religieux. Pourtant ce terme renvoie à une réalité beaucoup plus large qui concerne l’ensemble de la vie humaine. Croire, c’est faire crédit à un autre. Avoir foi, c’est se lier à lui par un acte de confiance. Les deux mots ont même étymologie. La foi et son témoignage s’enracinent donc dans cette expérience humaine qui consiste à faire confiance à un autre que soi-même et à sa parole. 

Ce qui indique déjà que la foi est de l’ordre d’un lien, d’une relation, d’une rencontre entre deux sujets. D’ailleurs, dans la Bible, elle est souvent décrite ainsi. Il n’y a pas d’annonce de la Bonne Nouvelle, ni d’expérience de la foi, sans des rencontres concrètes. Quand Jésus dit à l’aveugle Bartimée « Va, ta foi t’a sauvé » (Mc 10, 52) ou lorsqu’il admire la foi de la Cananéenne (Mt 15, 21-28), il ne désigne pas une orthodoxie théologique, une affirmation doctrinalement juste sur Dieu, mais il salue une attitude de confiance et d’espérance envers lui. 

La théologie protestante s’inscrit dans cette compréhension de la foi. Elle n’est pas un savoir sur Dieu, une doctrine à confesser, un catéchisme à réciter, une morale à appliquer. Ce n’est pas un système de vérités ou de croyances auquel il faudrait adhérer intellectuellement et qu’il faudrait transmettre en l’état à d’autres. (1) Elle est l’expérience d’une rencontre qui oriente une vie tout entière, qui transforme la compréhension que l’on avait de soi, des autres, du monde, de Dieu. 

Premier éclairage concernant notre fil conducteur sur les conditions d’un témoignage respectueux de la liberté d’autrui. On voit que cet événement personnel de la foi est difficilement communicable à d’autres, reproductible directement, car personne ne peut vivre une rencontre à la place d’un autre. C’est dire, au fond, que la foi est de l’ordre de l’intransmissible. Il s’en suit d’emblée de cette affirmation que le témoignage ne saurait être péremptoire ni autoritaire. 

1.2 Le défi du témoignage 

1 Ce n’est pas un « sac à dogmes » qui contiendrait « les objets de foi prescrits par le christianisme », mais « la foi est mouvement, elle est événement, elle est vie en plénitude. »
Gerhard EBELING, L’essence de la foi chrétienne, Paris, Le Seuil, 1970, pp.21, 24. 

Page 2 

  • ·Pour autant, si la foi est intransmissible, elle ne doit pas rester de l’ordre de l’indicible, elle doit pouvoir rendre compte d’elle-même, sauf à demeurer une pure illumination intérieure hors langage. En effet, s’il n’est pas en notre pouvoir de transmettre la foi, on peut par contre en témoigner à travers nos paroles et nos actes, témoigner du sens de cette rencontre dans notre propre existence, être pour autrui une occasion de croire. 

Car si la foi en tant que telle ne peut se transmettre, elle ne saurait advenir sans un témoignage qui vise à la faire naître (cf Rm 10, 14.17). On le voit dans l’Évangile où certains de ceux qui sont pardonnés, guéris, sauvés par Jésus, deviennent à leur tour des témoins. Ils vont à la rencontre des autres pour partager avec eux cette Bonne Nouvelle. Ainsi, de même que la foi est de l’ordre d’une rencontre avec Dieu, on ne peut en témoigner que dans la rencontre de l’autre. Une rencontre faite de mots et de gestes mêlés parce que la « Parole a été faite chair » (Jn 1, 14), elle est par conséquent inséparable des langages humains qui la portent. 

On ne saurait toutefois confondre les langages sur Dieu qui appellent à la foi et qui sont la responsabilité du témoin, avec la Parole de Dieu qui seule peut susciter la foi. « La foi, écrit Luther, est l’œuvre de Dieu et non de l’homme » (2) C’est dire que le témoin ne maîtrise pas l’événement qu’il vise. Il ne peut prétendre à l’efficacité de son témoignage et ce qu’il devient ne lui appartient pas. Ses mots et ses gestes ne sauraient, en eux-mêmes, opérer la rencontre subjective de la foi au Christ. 

Si cette rencontre advient, c’est parce qu’à travers ses langages les plus ordinaires, les plus imparfaits, les plus fragiles parfois, un Autre parle. Je rappelle chez Calvin la place essentielle faite au « témoignage intérieur du Saint-Esprit ». Le témoin ne peut donc, au mieux, que préparer le chemin en renvoyant à cette présence qui est au-delà de tous les discours. En cela, Jean-Baptiste est la figure du témoin. Comme dans le retable d’Issenheim, il est celui qui, de son doigt, désigne le Christ, mais son rôle s’arrête là. 

retable d'issenheim

Que retenir pour notre thème de cette manière de comprendre le témoignage ?
- D’abord l’envisager comme une rencontre, préserve de toute forme d’évangélisation arrogante et dominatrice. Car dans une vraie rencontre on ne cherche pas à imposer à tout prix ses convictions, mais on les partage dans un dialogue qui se risque à l’interpellation mutuelle et à une réciprocité dont nul ne sort indemne, ni inchangé.
- D’autre part, si l’événement de la foi ne relève pas de l’initiative humaine mais de Dieu, l’expression de la conviction se trouve d’emblée articulée à la tolérance. Car si le témoin n’est plus habité par le désir d’imposer à tout prix ce qu’il croit, il respectera la liberté d’autrui. Ainsi Luther peut écrire : « Là où par une loi humaine on prétend imposer aux âmes de croire telle ou telle chose au gré de la volonté humaine, la Parole de Dieu n’est assurément pas présente. Chacun court son propre risque en choisissant sa manière de croire et chacun doit veiller lui-même à ce que sa foi soit correcte, car la foi est une œuvre libre et on ne peut y forcer personne. » (3) 

1.3 Témoigner de la vérité 

Dans cette perspective, qu’en est-il alors du rapport à la vérité, ce à quoi je tiens vraiment, ce qui me fait vivre, ce qui a modifié ma vie, ce qui constitue le sens ultime de mon existence.
Je perçois deux dérives aujourd’hui.
·D’un côté on considère parfois que toutes les vérités se valent, sont équivalentes, etc... C’est une forme de relativisme mou, fruit de l’individualisme post-moderne, qui s’accommode facilement des différences mais qui n’est souvent, au fond, qu’une forme d’indifférence. (4) Or la notion de vérité est nécessairement à l’horizon de toute quête spirituelle, comme de toute recherche théologique. Même si on considère que la vérité ne peut se laisser emprisonner dans un discours dogmatique immuable. 

  • ·Comme le font, autre dérive, les fondamentalismes religieux qui, eux, absolutisent leur vérité, considérée comme une réalité objective et universalisable. Cette posture relève moins d’une foi en la vérité que d’un prétendu savoir sur la vérité. Du coup si la vérité est sue, elle ne fait plus de place au doute, à l’interpellation, à la critique, elle devient une vérité en soi incontestable et indiscutable. 

2 Martin LUTHER, De la captivité babylonienne de l’Église, Œuvres II, Genève, Labor et Fides, 1966, p.205.
3 Martin LUTHER, De l’autorité temporelle et des limites de l’obéissance qu’on lui doit (1523), Œuvres, IV, Genève, Labor et Fides, 1958, p.31. 

4 « La dénonciation de l’impérialisme du Vrai est une figure exemplaire du post-modernisme ».
Gilles LIPOVETSKY, L’ère du vide. Essais sur l’individualisme contemporain, Paris, Gallimard, pp.104. 

Page 3 

Ce qui n’est pas recevable pour les témoins d’une Parole qui, en Christ, est venue habiter l’humaine condition avec ses limites et ses fragilités et qui se donne à voir sous les traits d’un crucifié. 

  • ·Je pense personnellement qu’il faut se tenir à distance aussi bien d’une relativisation de la vérité que de son absolutisation objectivante. Si la vérité est nouée à la foi, on ne peut pas la savoir, on ne peut pas l’avoir, on peut seulement la croire. C’est-à-dire, pour reprendre ce que je disais au début, se fier à elle. Autrement dit, elle n’est pas la vérité en soi, indépendamment du lien que j’entretiens avec elle, mais elle est toujours et seulement la vérité « pour moi » (Luther). Ce n’est pas une vérité absolue, ce qui n’exclut pas qu’elle soit absolument la vérité pour moi, ici et maintenant. C’est une vérité existentielle. 

On voit en quoi ce caractère subjectif de la foi garde le croyant de la tentation de l’imposer à 

l’autre au détriment de sa liberté, comme une sorte de vérité objective, voire à portée universelle. Car cette vérité n’est pas une doctrine à savoir, c’est un sujet que je rencontre : Celui qui affirme « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6). 

Ainsi le protestantisme met au centre le tête-à-tête avec Dieu, les rapports que le croyant peut entretenir avec Lui dans son intériorité, l’écouter et lui parler sans intermédiaires obligés. Il n’est pas d’abord le membre d’une communauté, d’une Église, d’un conseil presbytéral, mais quelqu’un d’unique à qui Dieu parle et dont il attend une réponse, faisant de chacun un sujet libre et responsable. 

Ce qui me conduit à envisager maintenant les deux premiers mots du titre « liberté » et « conscience ». 

1.4 Liberté de conscience 

Deux notions importantes en théologie protestante, mais sur lesquelles il peut y avoir des malentendus, si nous les lisons de manière anachronique avec nos lunettes d’aujourd’hui.
·En effet, si les Réformateurs ont valorisé la dignité du sujet, avec sa capacité de liberté individuelle, leur compréhension n’est pas celle de l’individu contemporain, quand il réclame une liberté sans limite, désarrimée du souci de l’autre et du bien commun, quand il vit dans l’illusion de sa toute puissance et de sa toute maitrise. 

On voit ici le risque d’intolérance quand le sujet prétend trouver en en lui-même son propre fondement.

Pour Luther notamment, la liberté chrétienne ce n’est pas faire ce que j’ai envie de faire, selon mes convenances ou mes désirs personnels, « où je veux, comme je veux, quand je veux », ce n’est pas une libération conquise par les forces humaines, c’est une liberté reçue de Dieu dans la foi. C’est pourquoi, il parle de la liberté du croyant de manière paradoxale en la décrivant avec le langage de la captivité.
Cf citation atelier 1 : « Le chrétien est l’homme le plus libre : maître de toutes choses, il n’est assujetti à personne. Le chrétien est en toutes choses le plus serviable des serviteurs : il et assujetti à tous. » (5) On peut aussi évoquer sa déclaration à la Diète de Worms (1521) : « Je suis dominé par les Saintes Écritures que j’ai citées et ma conscience est liée par la Parole de Dieu. Je ne peux ni ne veux me rétracter en rien, car il n’est ni sage ni prudent d’agir contre sa conscience ». On retrouve l’autre mot du titre.
·Cette notion de conscience est en effet importante chez Luther. Il la définit de manière très spécifique comme le lieu à la fois intime et tourné vers l’extérieur, où le croyant est rejoint et interpellé par des réalités différentes voire contraires.
D’une part, le monde avec ses propres logiques, ses contraintes et ses idoles. D’autre part, la Parole de Dieu, entendue dans la Bible. C’est dans la soumission à cette Parole que réside la source da sa liberté, c’est elle qui lui permet de résister aux conformismes et aux conditionnements de tous ordres, c’est-à-dire de ne pas « se conformer au monde présent » (Rm 12,2).
L’existence du chrétien est, du coup, une existence en tension, sans cesse tiraillée par diverses instances qui le rejoignent au plus profond de son être, qui entrent parfois en conflit les unes avec les autres, car chacune d’elles veut être l’instance dernière. C’est cette complexité de sollicitations qui fait de l’existence humaine une existence en débat, traversée de questions, de convictions et de doutes assumés dans l’intériorité du croyant. 

5 Martin LUTHER, Traité de la liberté chrétienne, Œuvres, II, Genève, Labor et Fides, 1966, p.275. 

Page 4 

  • ·C’est dire qu’avant d’être une réalité communautaire ou sociale, le débat est une réalité intérieure, il a lieu dans la conscience du croyant. Nous en faisons tous l’expérience. Devant une décision à prendre, un avis à donner, un choix à faire, j’écoute parler en mon for intérieur les différentes voix qui s’y logent, j’évalue tour à tour, en moi-même, le pour et le contre jusqu’à ce que la décision soit prise. 

Si j’insiste sur cette prise en compte de la réalité d’un débat intérieur et sur son importance, c’est aussi parce qu’elle devrait permettre de vivre les débats avec les autres de manière moins manichéenne, moins dogmatique, moins conflictuelle, puisque chaque personne peut se reconnaître comme un être partagé. 

Par conséquent, vous le voyez, lorsque s’ouvre le nécessaire débat communautaire, ces hésitations intérieures, ces interrogations sont autant d’antidotes aux réactions d’intolérance et aux exclusives.
On peut également en tirer des conséquences pour le ministère du conseil presbytéral et le rôle individuel de chaque conseiller en son sein. Au fond, comme la conscience de l’individu, le conseil presbytéral est un lieu de débat, parfois de tensions, voire de conflits, car chacun a la responsabilité et le devoir de s’exprimer librement. 

Toutefois, cette liberté totale reçue du Christ, cette liberté de « tout dire » (parrhèsia) plusieurs fois soulignée dans les Actes des Apôtres notamment (6), n’est pas une liberté individualiste, désarrimée de la relation à Dieu et aux autres. Elle s’exerce dans la soumission commune au Christ, à l’écoute de la Parole de Dieu et dans le discernement collégial de sa volonté (« dans la soumission mutuelle » disent les engagements pris par les conseillers presbytéraux). 

Ce qui est vrai du conseil est vrai aussi des synodes. C’est pourquoi on y siège comme délégué et non comme représentant. Il n’y a pas de mandat impératif qui lierait la personne. C’est en conscience, devant Dieu et à l’écoute des sœurs et des frères que l’on décide librement. 

Ce qui implique la solidarité avec les décisions une fois qu’elles ont été prises. En sachant que si en conscience on ne peut plus être solidaire, on garde la liberté de démissionner de la charge que l’on avait reçue. 

2. NOURRIR ET ECLAIRER LA FOI 

Cette tâche d’édification de la foi est essentielle pour le conseil presbytéral lui-même « Vous poursuivrez votre formation spirituelle, théologique et humaine est-il dit dans les engagements. Ainsi, vous aurez à cœur de renouveler l’élan de votre ministère ». Le conseil s’engage également à « porter la responsabilité spirituelle et matérielle de la communauté », c’est-à-dire, pour reprendre le titre, à « construire l’Eglise ». 

2.1 Le ressourcement spirituel 

Cette édification commence par le permanent ressourcement spirituel, à la fois individuel et communautaire, et, là encore, cela concerne d’abord le conseil lui-même C’est en effet dans l’écoute commune de la Parole et dans la prière qu’il a à discerner la volonté de Dieu. Il ne faut jamais oublier qu’avant d’être une démarche théologique d’ordre intellectuel, la Réforme est le fruit d’une expérience spirituelle, l’événement d’une rencontre avec Dieu où le croyant découvre qu’il est aimé par Lui inconditionnellement. 

Or c’est parfois le paradoxe du protestantisme de défendre une théologie de la grâce, mais sans pour autant échapper à toutes sortes d’activismes qui ne sont que des formes sécularisées de salut par les œuvres. Cela interroge nos vies personnelles et ecclésiales quand nous nous dispersons et nous désespérons dans ce qui est secondaire. Quand parfois nous épuisons par nos appels à la disponibilité et à l’engagement celles et ceux qui donnent déjà beaucoup aux autres et à l’Église. Quand nous décourageons par des seuls débats doctrinaux ou institutionnels ceux qui, en recherche et parfois en souffrance, se tournent vers nos communautés. C’est dire combien il est important de ne pas nous éparpiller dans la seule extériorité mais de retrouver cet ancrage intérieur qui est la source de tout renouvellement dans nos vies, dans nos ministères, dans notre témoignage, dans nos engagements solidaires. 

6 Ac 2,29 ; 4,13 ; 4,29 ; 4,31 ; 9,27 ; 13,46 ; 14,3 ; 18,26 ; 19,8 ; 26,26 ; 28,31. 

Page 5 

« Si nous ne faisons pas l’expérience d’être habités par plus que nous-mêmes, comment pouvons-nous témoigner dans ce monde, d’une Parole à la fois porteuse d’espérance et critique envers tout ce qui empêche l’espérance ? » (7) 

Dans la vie spirituelle nous réalisons que Dieu est toujours au-delà de nos discours, qu’il échappe à toute mainmise et que par conséquent nul ne peut prétendre en imposer sa propre compréhension. Elle garde ainsi notre témoignage de toute prétention dominatrice et intolérante. 

2.2 L’intelligence de la foi 

Le 2ème aspect de cette tâche d’édification c’est ce que j’appelle l’intelligence de la foi. Elle est, en protestantisme, la responsabilité de tous car nous n’avons d’autre instance pour décider de la vérité, que celle de notre écoute personnelle et communautaire de la Parole. Je rappelle les mots de Luther : « Le Christ [...] enlève aux évêques, savants et conciles, [...] le droit et le pouvoir de juger la doctrine pour les donner à chacun et à tous les chrétiens en général [...]. Là où nous avons pour nous la Parole de Dieu, c’est à nous, et non pas à eux, de juger si c’est juste ou injuste ; et ils doivent s’effacer devant nous et obéir à notre parole. » (8). Ainsi, contrairement à ce qui est dit parfois, le peuple protestant n’est pas sans magistère, mais celui-ci est disséminé dans l’ensemble du peuple de l’Église, pour autant qu’il ne se dérobe pas à sa tâche théologique. Nous sommes en effet « tous théologiens » 9 pour reprendre le titre du livre de Raphaël Picon, appelés à penser notre foi et à en rendre compte dans des mots compréhensibles pour nos contemporains. Cette intelligence de la foi est indispensable au témoignage, qui requiert en effet de penser ce que l’on croit et de le faire dans un dialogue avec la culture, la science, les savoirs contemporains en acceptant le défi de l’interpellation réciproque. Elle est source de responsabilité pour le croyant, étymologiquement appelé à répondre, répondre à Dieu et répondre de sa foi devant les autres. Cela requiert, au sein de chaque communauté, un travail de formation, d’éducation, de débat, d’apprentissage de l’esprit critique visant à une autonomie dans la foi. « L’Église est une école » disait Calvin. Cette intelligence de la foi, qui n’a rien à voir avec l’intellectualisme, ne détruit pas la foi, comme certains le craignent. C’est une exigence de la foi elle-même qui combat aussi bien l’apathie spirituelle que le fanatisme. Car dans « convaincre » il y a « vaincre » et donc toute conviction peut devenir dangereuse, porteuse d’intolérance. Comme l’a écrit Paul Ricœur: «C’est du fond même d’une conviction forte qu’il y a péril de violence » (10) 

Il est donc nécessaire pour le croyant de toujours articuler la conviction et la critique, l’acte de croire et de comprendre. C’est ce qui permet d’endiguer les poussées d’émotionnel et d’irrationnel facteurs d’intolérance. C’est une manière de résister à ce qu’Olivier Roy appelle la « sainte ignorance » (11), ce découplage inquiétant entre foi et raison, entre religion et culture. La dérive apparaît dès que l’on absolutise une conviction, qu’elle soit religieuse, philosophique ou idéologique. Un signe de cette tentation dans le champ culturel, sociétal ou politique, c’est quand on commence à écrire les noms avec une majuscule : le Parti, le Progrès, La Raison, la Race, la Nation, la République... La vérité est alors sacralisée comme une réalité intouchable, un savoir incontestable, indiscutable (ab solus signifie à partir de soi seul, qui ne connaît et reconnaît rien d’autre que soi et sa vérité). 

Or justement, pour la Réforme, je l’ai dit, la foi n’est pas de l’ordre d’un savoir absolutisé. Elle n’est pas un contenu de vérité sur Dieu, mais une rencontre en vérité avec Dieu, que nul ne peut maîtriser, ni imposer. Tous les langages pour en rendre compte sont certes indispensables mais on ne saurait les sacraliser, car ils ne sont pas Dieu, ils ne font que renvoyer à Lui et appeler à la foi. (12)

7 Francine CARRILLO, « L’espace de prière de Champel », in : Le culte protestant (coll.), Actes des États Généraux du culte protestant, 2ème supplément aux Cahiers de l’I.R.P., janvier 2001, p.22. 

8 Martin LUTHER, Qu’une assemblée ou communauté chrétienne a le droit et le pouvoir de juger de toutes les doctrines... (1523), Œuvres, IV, Genève, Labor et Fides, 1958, pp.82-83. 

9 Raphaël PICON, Tous théologiens, Paris, Van Dieren éditeur, 2001.
10 Cité in : La montée des intégrismes (CEPPLE éd.), Lattes, 1998, p.3.
11 Olivier ROY, La sainte ignorance : le temps de la religion sans culture, Paris, Le Seuil, 2008. 

12 Un théologien catholique, Raimon Panikkar, raconte une petite parabole qui illustre cela : un jeune homme, éloigné pour une longue période de la femme qu’il aime, lui écrit chaque jour ; quand il revient, des années plus tard, il découvre qu’elle a épousé le facteur ! Voilà ce qui se passe quand on confond le Dieu qui nous aime avec ce qui nous parle de Lui ! 

Page 6 

Cette approche critique du fait religieux concerne les doctrines, les rites, les institutions ecclésiales, les textes fondateurs y compris la Bible elle-même, dont les Réformateurs nous ont précisément appris à ne pas faire une lecture fondamentaliste mais interprétative et pour cela rigoureuse. Car qu’est-ce que le fondamentalisme ? C’est identifier la lettre du texte avec la Parole de Dieu, posée alors comme un absolu universalisable. 

Cette démarche de désacralisation ne signifie pas un relativisme de la conviction, je l’ai dit, mais c’est une manière de l’articuler toujours à la tolérance. 

2.3 Se former dans la perspective du témoignage 

Cette formation peut prendre bien des visages parfois nouveaux, voire inédits. Certains sont même déjà une forme de témoignage, quand d’autres permettent plus spécifiquement d’équiper les militants en vue du témoignage. J’en souligne brièvement quelques aspects.
·D’abord il y a une demande de formation de la part de celles et ceux qui assument une tâche de formation dans l’Eglise en vue de sa mission. Et pour cela ils ont besoin d’acquérir des connaissances et des compétences avant d’en faire profiter d’autres (conseillers presbytéraux, prédicateurs, catéchètes, visiteurs...). 

  • ·Il y a aussi une demande théologique des fidèles qui ont à cœur de vivre leur foi dans leurs engagements profanes. Ils attendent que leur Église les y accompagne, qu’elle les aide à repérer et formuler les enjeux, les questions, les défis, qu’elle leur offre pour cela des lieux de réflexion, de libre parole, de ressourcement, de lecture de leurs engagements quotidiens à la lumière de l’Évangile. Ceux qui le réclament aujourd’hui me semblent plus nombreux et plus exigeants. 
  • ·Je mentionne encore les nouveaux venus qui arrivent dans notre Église et qui ne sont pas issus du sérail historique. Ils en méconnaissent souvent la tradition culturelle, liturgique, théologique, institutionnelle. Or ils accèdent parfois très vite à des responsabilités au sein d’un conseil ou d’un synode dans une ignorance assez grande des modalités qui structurent notre vivre ensemble. Ceci dit, cette difficulté peut aussi concerner ceux qui sont tombés dedans quand ils étaient petits ! D’où l’importance de la formation pour tous. 
  • ·Je pense aussi à ces lieux «d’entraînement au témoignage» tels que les décrit Laurent Schlumberger dans son ouvrage Sur le seuil (13). Un entraînement pour apprendre à surmonter sa timidité, conjurer sa peur d’imposer, de blesser ou d’ennuyer. Des lieux pour apprendre à témoigner en reconnaissant ses propres fragilités, ses limites, ses questions et même ses doutes. 

Car la foi n’est pas de l’ordre de l’évidence, de la preuve, de la manifestation qui s’impose. Je l’ai déjà dit, consentir à cela, dans notre témoignage constitue le premier antidote à l’intolérance toujours possible. 

  • ·Enfin, je souligne l’attente d’une parole théologique sur les grandes questions de société : interventions dans l’espace public, conférences, tables rondes, comités d’éthique, articles dans la presse... Une compétence biblique et théologique est aujourd’hui attendue, et pas seulement de la part des pasteurs, bien au-delà des frontières de l’Église. 

On comprend pourquoi une telle tâche théologique ne peut se réduire au travail biblique et doctrinal. Mais elle doit se nourrir aussi des apports, des questions, des critiques des savoirs contemporains, notamment des sciences humaines (par exemple réflexion sur l’autorité, l’individualisme, l’institution...) Pour une telle démarche de formation, on ne peut plus seulement partir d’un référentiel biblico-théologique de manière déductive, il faut partir des questions existentielles des gens et les mettre en corrélation. 

3. UNE ÉGLISE QUI TEMOIGNE 

3.1 Perspectives ecclésiologiques 

Comme je l’ai dit à Marc Pelcé quand il m’a contacté, j’ai une certaine réserve à l’égard de l’expression qui a cours dans l’EPUdF : « Une Église de témoins ». 

13 Laurent SCHLUMBERGER, Sur le seuil, Lyon, Olivétan, 2005, p.78. 

Page 7 

Ce n’est pas la dimension missionnaire ainsi exprimée qui me fait problème, j’y reviendrai, c’est le malentendu que cette expression peut susciter sur le plan ecclésiologique. Elle peut, en effet, donner à penser que seuls ceux qui se considèrent effectivement comme des témoins, ou qui veulent le devenir, pourraient y trouver leur place ou la constituer. 

Or ce qui caractérise la compréhension très spécifique que la Réforme a de l’Église, c’est qu’elle se définit par la Parole qui la rassemble (étymologie) et qui l’envoie, jamais par les qualités de ses membres. C’est une Église où chacun peut venir se ressourcer à son rythme, à l’écoute de cette Parole, sans qu’il lui soit demandé une qualification particulière, comme devenir un militant actif du témoignage. (Même si on peut être témoin sans le savoir ni le vouloir). 

Contrairement à la position du catholicisme ou celle des Églises de professants (monde évangélique) (14), l’Église visible, pour les luthéro-réformés, n’est pas une Église de purs (doctrinalement ou moralement) composée de membres identiques, conformés à un seul modèle. Elle est toujours, diront les Réformateurs, un corps mélangé (corpus mixtum). 

Rien ne permet donc jamais d’identifier, confondre ou relier objectivement l’Église invisible avec l’Église visible qui est un visage de son incarnation dans l’histoire. Elle est toujours autre chose que ce que nous en savons et en voyons. Elle dépasse les communautés repérables et tous les chrétiens ne sont pas dans les Églises visiblement organisées. C’est ce que professe notre Eglise dans le 1er article de sa Constitution « aucune Eglise particulière ne peut prétendre délimiter l’Eglise de Jésus-Christ, car Dieu seul connaît ceux qui lui appartiennent ». Ainsi aucune Eglise ne peut prétendre fixer et définir la réalité de l’Église. Ce qui n’empêche pas que cette tentation de « perfectionnisme ecclésiologique » a pu exister aussi quelquefois dans le protestantisme. Elle est d’ailleurs déjà dans le Nouveau Testament. Je pense à cet épisode où les disciples veulent rejeter quelqu’un qui opère des miracles au nom du Christ (qui réussit là où ils ont échoué !) au motif qu’il ne fait pas partie de leur groupe. Et Jésus leur dit « Ne l’empêchez... Qui n’est pas contre nous est pour nous. » (Mc 9, 38-41). 

On voit à travers cet exemple en quoi notre ecclésiologie spécifique devrait constituer un rempart contre toute suffisance intolérante. 

3.2 Une Église missionnaire 

  • ·En effet, si j’ai dit mes réserves à l’égard de l’expression « Église de témoins », j’acquiesce totalement à la formulation qui a été retenue dans votre titre : une « Église qui témoigne ». Car créée par la Parole, l’Église n’a d’autre mission, d’autre raison d’être que d’en témoigner. Destinataire du message de l’Évangile de Jésus-Christ, elle est simultanément agent de transmission de ce message. Ainsi l’Église existe dans sa mission et par sa mission. Comme le dit Daniel Marguerat elle « est missionnaire de naissance ». (15) C’est ce qu’exprime, toujours dans son article premier, la Constitution de notre Église : « Elle a pour raison d’être d’annoncer au monde l’Évangile ». 
  • ·Dans cette perspective, j’aime à dire que si nous ne sommes pas une Église multitudiniste (qualificatif qui pourrait faire sourire quand on pense aux effectifs de nos communautés !), mais nous sommes une « Église pour la multitude », appellation qui souligne sa raison d’être qui est de témoigner de l’Évangile auprès de tous. Je caractérise ce projet missionnaire par deux verbes : Écouter et déplacer. 
  • ·Écouter. C’est-à-dire accueillir les attentes multiples, accompagner les cheminements divers des femmes et des hommes de ce temps, s’efforcer d’y répondre sans les mépriser, ni les rejeter, avec comme seul souci d’aider chacun à placer sa vie devant Dieu, à lui faire entendre la Parole dans le respect de sa quête singulière. 

14 En effet, écrit Pierre Bühler, « autant dans la grande institution de salut que dans les petites communautés de purs, tout tend vers la réalisation visible et tangible d’une Église parfaite, de la vraie Église. » Il parle alors de « perfectionnisme ecclésiologique » qui vise à une mise en relation immédiate et parfaite de l’Église visible et de l’Église invisible. « C’est ici la tentation de voir la vraie Église réalisée dans une Église jugée parfaite. » A l’inverse, pour les luthéro-réformés, il parle d’« indéterminisme ecclésiologique ». Pierre BÜHLER, « L’Église réformée : une Église sans mystère ? », Irenikon, 1988/4, pp.502-503. 

15 « L’Église créée à Pentecôte est missionnaire, non pas par vocation, mais par définition. L’Église n’est pas créée comme un groupe qui recevrait, après coup, une vocation missionnaire, mais elle est créée en tant que communauté missionnaire. L’Église est missionnaire de naissance. »
Daniel MARGUERAT, « L’Esprit et la Parole », in : Le Dieu des premiers chrétiens, (Essais bibliques), Genève, Labor et Fides, 1990, pp.204- 205. 

Page 8 

C’est au croisement de cette double écoute, écoute de la Parole de Dieu et écoute des paroles humaines que peut se situer le témoignage de l’Église, sauf à répondre à des questions que nos contemporains ne se posent pas. C’est seulement dans la corrélation avec leurs préoccupations existentielles, que l’Église sera audible et que l’Évangile pourra être entendu. 

On mesure ce que cette attitude implique d’attention à l’autre, de réciprocité, de dialogue, 

d’interpellation mutuelle, de cheminement partagé.
·Déplacer. Mais ce projet missionnaire implique aussi le courage de déplacer les demandes et les quêtes parfois bien ambiguës de notre monde, les décaler en fidélité à l’Evangile. Car si l’Église est là pour tous, elle n’est pas là pour tout, sa seule mission étant d’annoncer la Parole. Or cette Parole qui témoigne d’un Christ serviteur va souvent à contrecourant des logiques et attentes de ce monde.
Ecouter implique donc aussi de résister aux dérives d’une Église « à la carte », version ecclésiale de l’individualisme contemporain, chacun gardant de l’Église « ce qui lui convient, comme ça lui convient, quand ça lui convient ». Une religion sur mesure, faite plus souvent d’engouement que d’engagement. Et donc tout en allant le plus loin possible dans la rencontre des femmes et des hommes de ce temps, dans l’écoute de leurs attentes, nous ne devons pas oublier que l’essentiel pour l’Eglise, sa raison d’être est l’annonce de l’Évangile du Christ. En sachant que cette logique du décalage peut parfois offrir autre chose que ce qui est demandé (cf l’aveugle Bartimée, il est « guéri » de sa cécité mais aussi « sauvé »).
·L’un des passages bibliques les plus frappants pour illustrer cette démarche d’écoute et de déplacement est l’épisode de Paul témoignant de l’Evangile auprès des philosophes d’Athènes (Ac 17, v.16 à 34). Cette posture devrait caractériser notre témoignage auprès de celles et ceux qui cherchent du sens, qui se tournent aujourd’hui vers notre Église, celles et ceux qui ne sont pas des membres au sens traditionnel du terme et qui choisissent certaines occasions ou certains moments de leur vie pour écouter l’Évangile, vivre quelque chose dans la communauté ecclésiale, venir s’y ressourcer à leur rythme à l’écoute de la Parole (par exemple à l’occasion de ce que l’on appelle les « actes pastoraux »).
·C’est dire que l’on ne peut être une Église pour la multitude, une Église « sur le seuil », sans que soit assumée aussi de différentes manières la dimension confessante de l’Eglise. C’est là encore ce qu’exprime notre Constitution quand après avoir rappelé la perspective missionnaire de l’Église, se définissant comme « ouverte à toute personne » il est aussitôt écrit dans ce même article « qu’elle appelle à croire en Jésus-Christ, à approfondir sa foi par la lecture de la Bible et l’écoute de la prédication ». Celles et ceux qui exercent un ministère (conseil presbytéral, pasteurs...) ont la responsabilité d’y veiller et d’abord pour eux-mêmes. 

Question : dans l’EPUDF où et comment peut être assumée cette dimension « confessante » de l’Église autrement que par la qualité ou la qualification de ses membres ? 

3.3 Témoignage et laïcité 

Si les protestants français ont contribué à l’avènement de la laïcité à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème c’est d’abord pour des raisons historiques. Ils y ont vu la garantie de leur liberté religieuse et un facteur de reconnaissance et d’intégration dans la société française.
En effet, la laïcité c’est d’abord la liberté de conscience et de culte pour tous, la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté d’avoir ou pas une religion, la liberté d’en changer, la liberté d’exprimer publiquement ses convictions et ses croyances sous réserve du respect de l’ordre public. Ce rôle de régulation du religieux par le politique demeure particulièrement nécessaire aujourd’hui, en un temps où les religions semblent plus que jamais en danger d’intolérance et de fondamentalisme fanatique. La laïcité protège notre témoignage de toute dérive hégémonique et dominatrice. C’est pourquoi les protestants y demeurent plus que jamais attachés. 

Mais si les protestants sont attachés à la laïcité c’est aussi parce qu’ils ont une affinité théologique avec elle. A certains égards, on peut même dire sans faire d’anachronisme, que les Réformateurs en ont posé les prémisses. En effet, à la suite du message biblique, ils ont reconnu l’autonomie et la dignité d’un espace laïque du monde, organisé selon les seules logiques séculières. De ce monde commun, les croyants sont partie prenante, Dieu leur confiant la mission de le servir et le transformer, à travers leurs engagements profanes, qu’ils soient culturels, scientifiques, politiques, usant de leur raison de manière responsable. 

Page 9 

 

th

Pour autant, ils ne sauraient prétendre le gérer à partir de leurs seules convictions de foi. Ce serait faire de l’Evangile une loi. Il n’est pas possible de tirer de la foi en Dieu, une éthique sociale ou politique, un système de valeurs et de règles qui s’imposerait à tous. Aucune religion ne devrait donc se prétendre « experte en humanité », pour reprendre une expression illustrant la position officielle de l’Église catholique romaine. Luther comme Calvin, chacun à leur manière, distingueront et articuleront « règne de Dieu » et « règne du monde », sans jamais les confondre, ni les séparer. Il n’y a chez eux, en principe, ni théocratie (même si cela peut se discuter pour certains de leurs engagements concrets), ni fuite hors de l’histoire. C’est à dire que si l’Eglise ne doit pas se poser en magistère moral, voire politique de la société, elle n’est toutefois pas exilée hors de l’espace public. (16) C’est précisément ce que permet la laïcité qui n’est d’aucune manière une privatisation de la religion. Elle garantit au contraire le libre exercice public des cultes pour autant qu’ils ne mettent pas en cause la légitimité et l’ordre républicains. Sous cette réserve les Eglises peuvent témoigner publiquement et librement de leur compréhension de l’humain à la lumière de l’Évangile. Par l’expression de leurs propositions et de leurs questions, elles contribueront à élaborer, à partir de leurs convictions spécifiques, les valeurs communes, les consensus, les « compromis » qui permettent de « vivre ensemble ». Je rappelle que compromis n’est pas compromission. Dans compromis il y a la promesse de tenir ensemble ce que l’on croyait au départ incompatible. L’expression publique des Églises et religions est donc non seulement possible dans une société laïque, mais elle est légitime et nécessaire. 

CONCLUSION 

Cela implique, dans notre témoignage, de nous démarquer d’une logique de vases communicants où l’un donne, et l’autre reçoit. A l’inverse, dans cette perspective, les deux sujets sont acteurs et les deux en sortent changés et renouvelés. Car nul ne peut témoigner s’il n’est lui-même à l’écoute d’autrui et s’il n’accepte, par avance, d’être transformé dans un rapport de réciprocité. En effet, sauf à réduire l’Évangile à un corps de réponses toutes faites, intangibles, celui qui témoigne accepte par avance d’être interrogé, décalé, déplacé, enrichi par la parole de l’autre. Une telle réciprocité peut d’ailleurs permettre d’affermir et d’approfondir sa propre foi. Dans ce témoignage il ne s’agit donc pas d’imposer ses convictions, mais de les proposer, plus encore de les exposer au double sens du verbe exposer. C’est-à-dire de les présenter, de les partager, mais aussi de les risquer dans la rencontre avec les convictions d’autrui. 

Dans cette perspective, toute conviction exprimée se trouve d’emblée articulée à la tolérance. Contrairement à ce que l’on pense trop souvent, ces deux notions ne s’excluent pas. En effet, la conviction n’est pas forcément l’expression d’une position dominatrice sur le plan spirituel, moral ou intellectuel. Elle est un engagement de toute la personne envers une vérité que l’on ne cesse de chercher, d’interroger et, pour les protestants, de recevoir comme un don, et non comme une propriété. Quant à la tolérance, elle n’est pas l’indifférence, cette forme de « tolérance usé́e », cette toleérance « molle » qui tolère l’intolérable. La véritable tolérance est une forme de respect d’autrui et d’intérêt pour autrui et elle ne peut se vivre précisément qu’entre des hommes et des femmes de conviction et de courage. C’est pourquoi Michelet la considérait comme « une idée paradoxale ».(17)

Conviction et tolérance constituent donc bien les deux conditions indispensables du témoignage chrétien. Ce sont elles qui nous protègent, pour reprendre les mots de votre titre, de nos désirs toujours bien présents d’« imposer » et de « convaincre ». Je le dis, en terminant, avec les mots de Paul Ricœur : « si vraiment les religions doivent survivre, il leur faudra renoncer à toute espèce de pouvoir autre que celui d’une parole désarmée et faire prévaloir la compassion sur la raideur doctrinale... » (18)

Michel BERTRAND 

16 Cette notion d’« espace public » a notamment été conceptualisée par un penseur allemand, Jürgen Habermas, qu’il définit comme la sphère intermédiaire entre la société civile des individus et l’État. C’est la place publique d’antan où des positions personnelles peuvent se dire publiquement, un lieu accessible à tous où s’instaure un débat libre entre des convictions diverses. Mais cet espace public n’est pas seulement celui de la confrontation, il est également celui où, par-delà les différences, une société élabore ses références communes. 

Jürgen HABERMAS, L’espace public, Paris, Payot, 1993. 

17 Il prenait en exemple Luther écrivant à ceux qui voulaient exterminer les paysans anabaptistes « Vous ne devez point les empêcher de parler. Il faut qu’il y ait des sectes et que la Parole de Dieu ait à lutter. Qu’on laisse dans son jeu le combat et le libre choc des esprits ».
Jules MICHELET, Histoire de France au XVIème siècle, tome III, « Guerres de religion », in : Œuvres complètes, Flammarion, 1980. 

18 Paul RICŒUR, cité par Jean DANIEL, Dieu est-il fanatique ?, Paris, Arléa, 1996, p.9


11 février 2019

BULLETIN D'INSCRIPTION (toutes formations du catalogue)

à transmettre au secrétariat   

inscription-2019-cocher 

Vous pouvez déplacer le bulletin sur le bureau de votre ordinateur et l'imprimer ensuite.

Posté par TIMKIT à 15:03 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

10 février 2019

LES MOTS POUR DIRE MA FOI

LES MOTS POUR DIRE MA FOI 

MOTS-TEMOIGNAGE-1 

Mots-temoignage-2

Posté par TIMKIT à 17:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

09 février 2019

VISITER POUR GRANDIR ENSEMBLE

VISITEUR EN PAROISSE 

VISITER-POUR-GRANDIR-2019-1 

VISITER-2

Posté par TIMKIT à 17:19 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

08 février 2019

CHEMIN DE PRIÈRE

PRIERE ET MEDITATION 

PRIERE-2019-1 

PRIERE-2019-2


07 février 2019

TÉMOIGNER AU QUOTIDIEN

vOUS SEREZ MES TÉMOINS N

Témoigner-2019-1 

Témoins-2019-2

 

06 février 2019

VERS UNE PRATIQUE DE L'ACCOMPAGNEMENT SPIRITUEL

Pasteurs ou laïcs qui veulent s'engager 

Diaconnesses-reuilly-2019-1 

Diaconesses-reuilly-3

05 février 2019

LES JEUX EN CATÉCHÈSE - FORUM KT

SERVICE CATÉCHÈSE RÉGION PARISIENNE 

Les-Jeux-en-catéchese-2019-1 

kt-2019-3

Posté par TIMKIT à 15:39 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

04 février 2019

PRÉPARATION À LA PRÉDICATION : MARIAGES & BAPTÊMES

Mariages et baptêmes, préparation et prédication.

mariage-2019-1 

mariage-2019-2

03 février 2019

PRÉDICATEURS - CEREMONIE D'OBSÈQUES - 2019

LES ACTES PASTORAUX   FORMATION POUR PRÉDICATEURS NON PASTEURS

Le compte rendu de la formation dispensée par les pasteurs Dominique HERNANDEZ et Jean-Pierre ANZALA, établi d'après les prises de notes d'Aurelia BOURGADE se trouve après la présentation du programme.

Obseques-1 

Obseques-2  

FORMATION CÉRÉMONIE D’OBSÈQUES

Formation dispensée par Jean Pierre Anzala et Dominique Hernandez. Notes prises lors de la journée de formation du 26/01/2019 par Aurélia Bourgade.

MATIN : PRESENTATION DE LA LITURGIE/QUESTIONS

PREAMBULE

La formation prend appui et marque parfois une distance par rapport à la liturgie d’obsèques proposée par l’ERF.

Point sur le titre de la liturgie en question : « Annonce de l’Evangile aux familles en deuil » :

Cette dénomination longue est à la fois précise et explicite. Elle se distingue de l’appellation plus proprement luthérienne « services funèbres », qui dit la mort et met l’accent sur cet aspect. La dénomination réformée contient 2 dimensions importantes :

1)   « aux familles » :

Le service funèbre est pour les vivants. Dans les sf (services funèbres), il y a souvent beaucoup de catholiques (amis, famille : parfois seul le défunt est de fait protestant). Or, le catholicisme a une approche très différente : il est question de prier pour les défunts.

Dans le protestantisme, nous n’avons aucune inquiétude pour le défunt. Nous partons de l’affirmation présente dans Rm 8 (« ni la mort, ni la vie… rien ne nous séparera de l’amour révélé en Jésus Christ) ». Si après la mort, je ne sais pas exactement ce qu’il y a, je crois en revanche qu’il y a quelque chose de l’ordre de l’amour de Dieu. Il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour le défunt car celui-ci est dans la mémoire, l’éternité de l’amour de Dieu.

Aussi, nous sommes là pour les vivants, pour les aider à entrer dans le deuil.

2)   « Annonce de l’Evangile » :

L’Evangile signifie « Bonne Nouvelle ». Mais qu’est-ce que la « Bonne Nouvelle » dans ces circonstances ? Qu’a-t-on à offrir, à annoncer ? Qu’est-ce que l’on met dedans ?

La Résurrection, comme « Bonne Nouvelle » : à annoncer de manière adaptée à ce moment et selon la situation.Pour une famille qui ne connaît rien à la foi chrétienne ou n’a pas mis les pieds depuis 40 ans au culte, quel sens ? Cela ne dit rien.

L’objectif peut être d’apaiser les inquiétudes :

Certains peuvent avoir des hypothèses sur la mort, l’au-delà, avec parfois des représentations pittoresques, inquiétantes. Même les protestants ne sont pas étanches à certaines représentations, par exemple sur l’Enfer/Paradis ou même bien différentes de la foi chrétienne.

La Bonne Nouvelle : celle de l’amour de Dieu 

Réelle complexité de l’annonce à faire aux familles :

Par ex., face à la mort brutale d’un jeune ou d’un bébé, certaines questions peuvent surgir : Pourquoi moi ? Pourquoi nous ? (en tant que père/mère).

L’annonce de la Bonne Nouvelle n’est en aucun cas une annonce dogmatique, mais doit se faire en lien avec une situation. L’annonce est liée à l’écoute de la famille que l’on a eue. L’humanité, la nôtre, est mise en avant. Notre humanité d’homme et de femme de foi est requise. Tout doit être dit à partir de notre humanité croyante.

Ainsi, la Bonne Nouvelleest à la fois :

- une assurance de l’Eglise sur l’au-delà, ancrée dans sa foi.

l’affirmation aux familles elles-mêmes que face au deuil, il y a une sortie. Une personne en situation d’épreuve n’est pas condamnée à y rester : il y a une autre vie possible (une vie sans son conjoint ou son fils par ex.). Une vie les attend. Il y a certes la peine, le chagrin, la douleur, mais quelque chose de l’ordre de la vie les attend. Il y a de quoi traverser ces moments : Jésus vient nous rejoindre dans ces moments.

Les notions de bonté, compréhension, humanité en Christ sont compréhensibles par tous. La bonté, la solidarité, l’amitié sont quelque chose que l’on peut s’apporter à tous. Notre humanité de communauté humaine est requise. C’est quelque chose que les non croyants peuvent entendre.

le témoignage d’une présence au cœur de l’absence.

La famille est face à une absence, qui représente aussi les habitudes prises avec le défunt. L’Eglise représente un soutien permanent. Elle n’est pas là qu’au moment du sf mais au-delà.

Il est important aussi d’inviter la famille à se soutenir au-delà de ce moment de sf. Les intéressés en effet se retrouvent seuls au bout d’un temps. Il est nécessaire de témoigner d’une présence, d’un soutien possible de l’Eglise au-delà du sf.

Après le service funèbre (sf):

Après 10 à 15 jours, prendre des nouvelles des familles endeuillées : en effet, le temps d’effervescence des condoléances est passé. Les inviter à un culte si c’est possible. Le témoignage de l’Eglise passe par nous : nous sommes un signe de la fraternité de l’Eglise. Le service ne s’arrête pas à la cérémonie.

On peut passer un appel ou même faire une visite : les familles apprécient beaucoup.

Même pour des familles de croyants, il est important d’être là. Le deuil peut durer très longtemps.

A qui s’adresse cette Bonne Nouvelle ?

aux personnes présentes, les familles mais aussi au-delà.

Il peut y avoir différentes situations de sf. Parfois, il arrive qu’il n’y ait que 6 à 8 personnes présentes au sf. Ces personnes viennent par fidélité, amitié (amis, voisins) et peuvent être inquiètes aussi pour elles-mêmes. Lorsqu’une personne âgée meurt par ex., certains se disent : « la prochaine fois, ce sera moi ». Il est important de manifester que face à la mort, on n’est pas seul, abandonné, isolé dans ces moments : il y a des lieux d’accueil et des paroles qui apaisent la peur pour l’au-delà. Ainsi, il y a un message à annoncer à ces personnes-là également.

On ne peut pas faire dans le dogmatique, les généralités : on a à faire avec des personnes, des êtres sensibles.

à nous-mêmes également. Le sf interroge notre rapport à la mort. La mort nous renvoie toujours à nous-mêmes. On se retrouve face à ce que dit la personne dans ce cercueil. C’est face à cet être en interrogation que l’on adresse notre prédication, que nous annonçons une bonne nouvelle possible. 

Dans ces moments, il est important aussi d’être à l’écoute de soi.

Parfois, on peut avoir à assurer un sf dans le cadre de la mort subite du nourrisson, de la mort d’un enfant de 2 ans. Si, en tant qu’officiant, nous avons-nous-mêmes un bébé de 2 ans, cela renvoie inévitablement à son enfant.

Ainsi, quelque part, on se prêche à soi-même : on est les premiers auditeurs de notre prédication. Envisager les choses ainsi sensibilise notre prédication. C’est notre humanité, douloureuse, sensible qui est en question.

Nous sommes exposés à ces émotions déversées dans les entretiens de préparation. Cela peut nous bousculer. Il est donc important d’être au clair soi-même avec ces questions.

La mort qui passe nous interroge sur nos existences, sur :

- ce qui leur manque

- ce qui les remplit

- ce qui les nourrit.

Quel est le sens de mon existence ? Cette question se pose de tas de manières possibles que l’on soit éloigné ou proche du défunt.

On peut partir de là pour un sf, car c’est quelque chose de partagé par tout le monde, c’est notre communauté d’humains.

En anthropologie, la marque signifiée aux morts est importante : cela dit quelque chose sur notre humanité. Ceux qui restent s’interrogent sur leur propre existence. Il est donc important de rassurer et d’être stabilisés sur ces questions. 

  1. 1.    PROCLAMATION DE LA GRACE DE DIEU (1ertemps de la liturgie)

Ouverture à tous :

Le protestantisme diffère des autres religions en ce qu’il affirme que rien ne nous sépare de Dieu. Le défunt est accueilli par Dieu, quelle que soit sa foi, sa vie.

Dans certains cas, nous pouvons n’avoir aucune empathie avec le défunt, car celui qui est mort était ignoble. Pourtant, il faudra annoncer une Bonne Nouvelle qui le concerne lui aussi. Il y a certes notre humanité (sensibilité et théologie aussi) qui entre en jeu, mais l’affirmation théologique est également essentielle. Nous accueillons tout le monde sans distinction, contrairement à certaines églises qui peuvent refuser d’enterrer des gens. Nous rendons un service de Dieu à l’humanité tout entière. 

Proclamation de la grâce de Dieu : celle-ci est inconditionnelle. C’est au nom de cette grâce que nous accueillons toutes les demandes.

Le défunt : nous ne possédons jamais la vérité de cette personne. Sa vérité est en Dieu, elle ne situe pas dans ses actes et dans ce que connaissons d’elle. Même une personne détestable, Dieu la regarde comme son enfant, même si elle n’a jamais répondu oui. On ne ferme les portes à personne dans la vie comme dans la mort.

Néanmoins, il est important de prendre en compte le fait que les personnes présentes ont pu souffrir à cause du défunt. Il peut y avoir de la rancune ou des remords, mais elles ne sont pas obligées de rester dedans, il y a une autre vie qui les attend.

! NE PAS FAIRE DE « JOLISME » : On ne peint personne en rose, on n’évacue pas les difficultés : si c’est un suicide, c’est un suicide. 

A noter, lors de l’écoute de la famille :

Veiller ànepas être trop les parlants mais les écoutantsqui puissent exprimer toutes les douleurs manifestées. Important de permettre, libérer la parole la plus profonde des gens. Permettre, autoriser les pleurs : il faut que les gens se sentent autorisés à lâcher pour dépasser ce moment.

Nous avons à exprimer les souffrances des familles grâce à notre écoute et à aider les familles à dépasser :

- les rancunes, ressentiments

- les douleurs.

La vie de ceux qui restent n’est pas condamnée à rester bloquer dans le passé. Il y a une autre vie qui les attend (élément à dire bien-sûr implicitement).

Quand quelqu’un décède, on n’a pas fini notre relation avec lui, on revisite notre relation à cette personne. Des choses bougent. La relecture de son expérience passée avec le défunt permet de faire bouger les choses, de dépasser certains événements.

Aider les familles à poser des paroles libératrices sur cette expérience. Notre rôle est d’aider à cette relecture et à un nouveau départ.

Lorsque moi-même j’ai vécu un deuil :

Qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce qui m’a aidé ?

Quand nous avons eu à affronter un deuil, ce qui a pu nous aider peut être utile pour aider les familles endeuillées.

Point sur les formulations liturgiques :

 « La grâce et la paix vous sont données… »

C’est un peu sec : il faut déjà être convaincu. Un appui est fait sur Rm 8.

Il est nécessaire de développer un peu : pour tout non croyant ou non protestant, il faut en dire un peu plus car ce n’est pas clair, sec. Il faut mettre plus de chair. 

Des exemples issus du luthéranisme seront communiqués éventuellement.

Tous les textes peuvent être retravaillés en fonction des personnes.

ETR, article sur l’écoute.

« Nous sommes là, avec Dieu qui se fait proche de chacun et veut partager nos histoires humaines… »

« Rassemblés ici pour entourer sa famille »

« Quelles que soient nos convictions, même si nous n’en avons pas, nous sommes accueillis.. »

Ces formulations ouvrent ainsi un espace y compris pour les non-croyants. On n’est pas du tout dans le rituel.

Dans un décès, le monde s’effondre pour les proches.

Passage d’Es 54,10 : « Quand les montagnes s’éloigneraient… »

Il est important d’ouvrir un espace d’accueil pour tous : c’est essentiel pou un sf.

Il est nécessaire aussi d’être bien en disant les textes : les mots doivent couler sans écueil.

Il est important d’affirmer l’accueil inconditionnel dans la grâce de Dieu et d’expliquer aux gens pourquoi on est là. 

  1. 2.   ACCUEIL(2èmetemps liturgique)

L’accueil de la famille est important de manière générale.

 Demander à 1 ou 2 personnes de la communauté d’être là :

- C’est une manière de signifier la présence de la paroisse.

- Cela peut être rassurant d’avoir des visages connus dans l’assemblée.

- Si nous avons besoin de passer de la musique, il est important d’avoir quelqu’un à ses côtés.

Ne pas hésiter à demander la présence en plus de quelqu’un d’autre.

Ouverture multitudiniste :

Dans les cultes d’action de grâce, il n’y a souvent pas que des protestants. Il y a un gros mélange : musulmans, juifs, etc…

Nommer la famille :

Les gens aiment être reçus nommément. Ceux qui ont pris en charge la cérémonie apprécient qu’on personnalise la liturgie. Nommer ces gens, tout en faisant attention à l’ordre de préséance. (ex : pas forcément mettre le frère d’abord). Indiquer à la famille qu’on peut changer l’ordre des noms.

Important de consulter la famille sur l’ordre (de préséance) des noms.

Secret des informations données :

Cela peut être important de dire, de manière subtile, les difficultés de la vie (ex : femme battue) : ça libère la parole des familles. Néanmoins, il est important de se renseigner auprès de la famille pour savoir si elle est d’accord pour qu’on parle de la violence (ex : si l’homme battait sa femme).

Courte biographie du défunt :

« N est mort dans sa xx année ». On peut faire une courte biographie qui retrace la vie du défunt. (Jeunesse-vie maritale-vie professionnelle : il s’agit d’une sorte de CV bâti à partir de l’écoute de la famille, on peut lui indiquer ce qu’on pense dire, en tant que pasteur).

Témoignages personnels :

Les gens souhaitent souvent s’exprimer. La difficulté est qu’on ne sait pas à l’avance ce que les gens vont dire.

Accompagner les gens dans ce qu’ils veulent dire.

R. Picon : « L’Eglise nous fait confiance ». 

Le célébrant a le droit de savoir ce que les gens vont dire.

Parler du mort à la 3èmepersonne fait sens car il est décédé : c’est aussi une manière de prendre acte de la mort. 

! On ne parle pas aux morts.

Le message à exprimer doit être très court et à la 3èmepersonne, sans parler au mort. Le sf est aussi là pour prendre en compte la mort.

On peut légitimement demander et dire qu’on veut voir ce qui est écrit(envoi par mail ou autre), en tant que célébrant.

On a également le droit de refuser à ce qu’une personne, au dernier moment, veuille faire une intervention.

! Pas d’apologie du défunt.

! On est maître du temps, car on est en relation avec les pompes funèbres.

Dire aux gens : « Nous vous accordons 2min/5min/10min… »

Nous avons un travail de garant de ce qui va se vivre.

GESTION DES INTERVENTIONS IMPREVUES :

Ex : « Le chef de famille est là : il doit parler ». Cadre : famille africaine, avec rapport d’autorité. Parfois, on peut être débordé. Dans ce cas, ne pas laisser le débordement trop longtemps. Une astuce peut être de se lever pour couper l’intervention trop longue qui déborde.

De même, si les gens pleurent en continu, au début :

« Maintenant, on commence. » Il faut en effet que les gens aillent de l’avant.

REPRESENTATION D’UNE EGLISE AVEC SES CONVICTIONS :

Ex : si habitudes particulières, liées à une église africaine, par ex.

Affirmer qu’on est dans un lieu de culte, une église avec ses convictions. S’il est important de respecter la culture ecclésiale des personnes, nous représentons aussi une église : la façon dont notre église affirme les choses est aussi respectable, sans nier les origines des familles. S’adapter dans notre temps et notre théologie.

PLACE DES TEMOIGNAGES DANS LA LITURGIE :

A mettre avant la prédication : entre la prière d’espérance et les lectures bibliques. Doivent être faits dans un temps limité. Savoir ce qui va se passer et à quel moment. Appeler les personnes nommément. Si on a peur que ça déborde, on n’est pas obligé de laisser des témoignages se faire.

« Nous voulons nous souvenir avec reconnaissancela vie que Dieului a donné » : il ne s’agit pas de faire un procès concernant la vie du défunt, seul Dieu connaît entièrement sa vie.

A noter : si on ne se sent pas de faire un sf, ne pas le faire. Important de ne pas se mettre en difficulté.

  1. 3.    PRIERE D’ESPERANCE (nommée « Prière d’ouverture » chez les luthériens)

Manifester la confiance en Dieu et parler du défunt. Ne pas se lancer dans une biographie, mais donner quelques éléments de la vie personnelle du défunt (sans aucun élément secret) : mettre de la chair dans ce qu’on dit.

On peut parler par ex. :

- d’une enfance marquée par la guerre

- de vie de couple + enfants

Lors de l’entretien :

Les gens se précipitent sur les derniers moments de la vie du défunt. Il est nécessaire de faire parler les familles aussi sur les débuts de la vie du défunt : la jeunesse, les débuts. Il y a des tas de choses dont beaucoup qu’on ne dira pas.

Formules liturgiques :

« Seigneur, tu es Père dans la vie et après la vie… »

« Merci Seigneur pour XX, pour sa fidélité, son engagement, pour l’amour reçu et donné »

A noter : liturgie luthérienne sur les personnes en handicap ou longue maladie

« Fais vivre x dans ta paix, où plus personne n’est rejeté à cause de ses déficiences, n’a à lutter contre les exclusions… ».

La notion de résurrection : pour beaucoup de gens, c’est pour la fin des temps. Le deuil est une sorte de mort. Parler plus de vie pour les familles endeuillées : elles ont une nouvelle vie à vivre.

  1. 4.   PRIERE AVANT LA LECTURE DE LA BIBLE

Dans l’entretien, expliquer à la famille comment va se dérouler le sf. Les textes bibliques et la prédication sont le cœur de tout culte protestant.

Proposer à la famille de choisir les textes bibliques.

Plusieurs possibilités se présentent :

- le défunt y a pensé à l’avance, avec un pasteur ou tout seul (ou encore des chants). Le fait que le défunt ait choisi un texte est signifiant.

- La famille elle-même propose un texte pour diverses raisons. Il est alors important de demander à la famille ces raisons sans se laisser guider par la famille dans l’exégèse du texte : je ne suis pas enfermé(e) dans ce que la famille a compris/entendu du texte, ce ne sont pas des contraintes.

Cela dépend souvent des familles, des régions :

En Suisse, on choisit pour la prédication le verset de la confirmation du défunt, ou bien le verset du mariage du défunt ou bien encore un verset important dans la vie du défunt.

Dans ce cas, on peut le dire au moment des lectures et en faire quelque chose au moment de la prédication.

- La famille n’a pas d’idées et nous fait confiance dans le choix des textes. On peut en soi prêcher sur n’importe quel texte. De préférence, privilégier un seul texte biblique.

Pour choisir le texte biblique :

- Il peut y avoir des gens absolument pas croyants, donc il ne faut pas que le texte choisi soit trop long.

- Les éléments de la vie du défunt peuvent orienter les choses (goûts, passions du défunt). Par exemple : pour quelqu’un qui a été navigateur, on peut prendre texte de la tempête apaisée (tempêtes de la vie). Le deuil est aussi une forme de tempête.

Pour quelqu’un d’agriculteur, jardinier : Es 40 « toute chair est comme l’herbe…fleur ».

« La vie est comme un bouquet de fleurs, avec des épines et des branches cassées. »

Se rappeler :

La prédication n’a pas pour objectif de parler de la vie du défunt. Elle doit parler aux vivants, mais avec une accroche sur la vie du défunt. Le choix de texte doit se faire en résonnance avec l’écoute. Le texte doit donner un élan de vie, de la confiance aux familles.

Quelques textes « classiques » possibles (dans plusieurs circonstances et avec des variantes personnalisées) :

- Ps 23

- Le récit d’Emmaüs : chemin de vie avec des déceptions, cailloux sur le chemin.

- Es 40,6-8

- Mt : texte sur les béatitudes

- Jn 5 et Jn14

Jn 14 et Ps 23 sont un peu les « incontournables ».

Le service funèbre prend place rapidement : on a 4 jours et parfois moins pour le préparer. Ainsi, on peut se resservir des mêmes textes si on se sent à l’aise.

« Lire et Dire » : revue suisse pour prédicateurs laïcs. Il existe 3 numéros spéciaux sur les sf. Ils proposent un bon choix de textes intéressants.

  1. 5.    CONFESSION DE FOI :

Celle en « malgré » marque beaucoup les gens et est souvent entendue avec beaucoup de reconnaissance, car il s’agit d’un texte ouvert (et non normatif) : les non croyants ont une place.

On peut éventuellement proposer à 1 famille de choisir 1 confession de foi : on peut alors leur proposer 2 à 3 ou 3 à 4 textes. C’est une manière d’associer la famille à ce culte.

  1. 6.    PRIERE D’INTERCESSION :

Celle proposée est un modèle pour tous. On peut nommer les proches en deuil, pour les porter, eux, dans la prière. Penser également à ceux qui ne sont pas là : la famille qui n’a pas pu venir, les gens qui ont été empêchés de venir. L’humanité ne s’adresse pas à des foules mais à des personnes.

L’intercession : ouvre à plus que ceux qui sont dans la peine. Elle a une dimension universelle. Elle est destinée à porter aussi les autres qui sont en deuil.

Nous ne sommes pas appelés à rester repliés sur nous-mêmes, même si la souffrance engendre souvent un repli sur soi : dans la foi, nous sommes amenés à l’ouverture à autrui.

Il est important de réinscrire les personnes dans une commune humanité : tout le monde est touché, pas seulement la famille.

« Prière universelle » : tous ceux qui sont touchés par le deuil, la tristesse.

« Toi dont le nom est un nom de Fidélité/Tendresse/Confiance, porte X dans la confiance… »

  1. 7.   NOTRE PERE

Présent au niveau de la dernière page dans le recueil Alléluia.

On est parfois tout seul à le dire. 

  1. 8.   ANNONCES

Annoncer quand il y a :

- un registre de condoléances(au fond du temple généralement)

- un verre de l’amitié(avant le cimetière ou après)

- une offrande(ça dépend des endroits et des situations : s’il n’y a que 10 personnes au culte, ce n’est pas la peine). C’est sous forme de corbeille à la sortie (pas comme dans un culte). Cet aspect peut être géré par la famille : peut demander ou ne pas vouloir. L’offrande est destinée à l’église. Si c’est pour une association, la famille s’en occupe.

La question de combien on doit demander à la famille en offrande est à régler pendant l’entretien.

  1. 9.   ENVOI ET BENEDICTION

La résurrection :

Le critère essentiel : ce que je dis doit rejoindre les gens. Ainsi, on peut parler de la résurrection sans prononcer le mot.

Idée : Le deuil n’est pas votre avenir, une vie vous attend.

Certaines personnes ne savent pas ce que c’est que de vivre sans leurs parents : c’est la fin d’un monde mais pas de leur vie. La résurrection se passe aussi dans notre vie. 

Si nos formulations d’Eglise ne rejoignent pas les gens, c’est inutile.

Si on parle de résurrection, s’assurer de l’avoir défini, que les gens savent ce que c’est et que c’est important pour eux. Rejoindre les gens là où ils sont : pas seulement le chagrin d’un deuil mais aussi l’ignorance de tout ce qui concerne la foi.

Important : formuler dans des mots de tous les jours des choses qui relèvent de notre conviction profonde : traduire, rendre les choses compréhensibles, accessibles.

Particularité luthérienne :

Au moment de l’envoi et de la bénédiction, on peut avoir une prière pour remettre le défunt à Dieu. Cela est étonnant car on a affirmé que le défunt était déjà avec Dieu.

Mais en même temps, pour ceux qui sont loin, il y a dans cette formulation des mots qui apaisent. Il y a l’autorité pastorale qui affirme que le défunt est au Paradis : cette antienne soulage les gens.

Une manière de faire plus réformée : remercier Dieu d’avoir déjà accueilli le défunt.

QUESTIONS ET ASPECTS PRATIQUES GENERAUX

LES LIEUX :

Quand on est averti d’un sf, prendre contact avec les pompes funèbres : le lieu et l’heure se décident avec nous. Les obsèques = une date, une heure, un lieu, un agenda

Etapes de la maison/culte/cimetière : 

On peut faire les 3 étapes ou que le culte. Si le défunt était très impliqué dans la paroisse, on peut faire les 3 (c’est mieux).

Réfléchir à la question : a-t-on le temps d’accompagner cela ou pas ?

Pour des antillais, par ex : veillée/prière de 2 jours.

Les accompagnants sont parfois face à des particularités culturelles, pas évidentes à gérer. Il est alors possible de dire qu’on n’a pas le temps.

Tout ne se fait pas au temple. Parfois tout se fait au cimetière ou au crématorium. Selon les lieux, la cérémonie n’aura pas la même durée.

Au cimetière : il y a des horaires d’ouverture.

Ex : sf à 14h00 et cimetière à 16h00. Il est important d’être à l’heure au cimetière (pour employés).

Y a-t-il un lieu où on peut être à l’abri(s’il pleut) ? Cela va dépendre de la météo (-5°C/ 40°C) et de la présence de personnes âgées.

Il faut remplir un registrepour le sf, même pour un culte au cimetière.

Dans le cas d’un culte au cimetière, faire plus court(30 min max) car les personnes sont debout et il peut y avoir la problématique de la météo.

Arriver en avance et voir les éléments pratiques clefs :

- si une réunion est possible autour de la tombe

- où on se réunit dans le cimetière lui-même

Dans les Cévennes : le sf n’a lieu qu’au cimetière par ex. Il y a parfois éventuellement un culte d’action de grâce au temple.

Si le sf ne se fait pas chez nous :

S’assurer que la communauté locale qui nous reçoit pour le sf est bien au courant. 

+ Demander la présence de quelqu’un pour :

- le chauffage, l’éclairage

- passer un CD éventuellement.

Il est important d’arriver toujours en avance pour prendre la mesure des lieux.

Ceci aussi afin d’éviter toute interruption malencontreuse. Si ce n’est pas chez nous, il faut qu’une personne de la communauté soit présente.

Pour les questions pratiques : avoir quelqu’un qui s’en charge. 

Ne pas être seul dans la démarche (appeler l’organiste, etc), car il y a beaucoup de paramètres à gérer en très peu de temps.

NE PAS OUBLIER L’APRES :

L’après est de l’ordre du témoignage. Ne pas oublier de reprendre contact avec la famille.

LES GESTES :

Les luthériens peuvent se signer.

Attention, les pompes funèbres peuvent avoir des habitudes catholiques. Leur demander d’enlever le crucifix/l’encensoir au crématorium par ex.

Au niveau du cercueil en tant qu’officiant :

Ne pas faire de geste pour le défunt, pas de bénédiction du corps : l’au-revoir est déjà fait, ne pas se catholiciser. 

Pour les catholiques :

Le prêtre va indiquer que le défunt va à Dieu : prière pour le défunt.

Pour les catholiques, le baptême est un moyen de salut (mort/accès à Dieu/baptême).

Le cercueil est béni : aspersion d’eau qui symbolise le baptême

Pour les protestants :

Ce qui me justifie devant Dieu ne sont pas mes actions, mais la vie devant Dieu.

Accueil inconditionnel de Dieu. A la différence des catholiques, on n’invoque pas le baptême.

POSITION DU CERCUEIL DANS LE LIEU DE CULTE :

Pour les catholiques : le prêtre va faire que le défunt rejoindra Dieu.

Le cercueil sera tourné vers l’autel.

Pour les protestants :

Les pieds doivent être tournés vers la sortie et la tête vers le fond du temple.

Voir avec le maître de cérémonie et les porteurs : en effet, la position du cercueil est théologiquement importante, pour manifester le sacerdoce universel.

QUESTION DE LA PRESENCE DU CORPS DANS LE TEMPLE :

Le choix est fait par la famille.

Historique : 

Dans l’église réformée, il n’y avait pas avant de cercueil dans le temple.

- L’inhumation se faisait dans l’intimité (psaume, prière).

- Ensuite, il y avait un culte d’action de grâce au temple.

Ce déroulé se retrouve quelquefois encore, mais rarement.

A l’origine, le protestantisme français s’est construit en opposition au catholicisme. La volonté était  de manifester que l’on n’a pas à se soucier des morts car Dieu les a accueillis (Calvin).

Inconvénient : cela évacue le deuil. Ainsi, les cercueils sont revenus dans le temple au fur et à mesure. 

Ne pas vouloir cacher/évacuer la mort de manière générale

Le cercueil dans le temple dit la mort : celle-ci est à dire, à ne pas cacher. Eviter les expressions du type « Dieu l’a rappelé ». Il est important d’affirmer la mort, pour affirmer la résurrection.

RENDEZ-VOUS AVEC LA FAMILLE :

Souvent la famille prend d’abord contact avec les pompes funèbres, qui organisent.

Soit la famille prend contact avec nous, soit on prend contact avec la famille pour la rencontre.

Lieu de la rencontre :

La rencontre se fait : 

- soit chez la famille

- soit au temple

Ecoute de la famille est essentielle :

Ecouter sans jugement (sans sursauter si des conceptions étranges, parfois « magiques » sont exprimées). Ex : veillée de 3 jours, car le 4èmejour seulement l’âme part enfin. Par contre, on peut dire comment l’Eglise comprend la mort.

Dans ce cadre et dans une notion d’accueil, prévoir :

- les mouchoirs

- un verre d’eau

- café ou thé

Porter de l’attention à ces familles, être compatissant.

Laisser les gens dire ce qu’ils ont à dire d’abord, même si ce sont des horreurs.

Pas de « jolisme » : même si la défunte était exécrable, ne pas chercher un bon côté à la personne. Il est important de savoir exprimer dans la rencontre ce que les gens ressentent et l’exprimer.

Ex : « vous ne l’aimiez pas du tout alors ? » « Ah non ! ». Laisser les gens s’exprimer.

Faire preuve d’une écoute active et reconnaître l’autre dans ce qu’il va dire. (Hubert Auque)

Etre présent, sans juger. On est amené à dire ce que l’Eglise croit, sa foi sur les défunts, sur la mort.Mais il ne s’agit pas non plus de faire un cours de caté.

Dans la rencontre, c’est un humain qui se fait proche d’un autre humain. Même quand la personne était exécrable et qu’on ne la regrette pas au fond, c’est toujours un deuil. C’est un deuil autrement.

Parfois, les familles sont désunies : on sent des conflits latents. Ne pas obliger les gens à le dire.

Questions à poser à la famille : 

*Demander à la famille de parler du défunt, de dire sa peine. 

*Demander aussi à la famille si elle veut choisir ou non des textes bibliques, la confession de foi.

*Il est important aussi d’aborder la question de la musique :

- Ce peut être l’instrument du temple : l’orgue, si l’organiste est disponible

- ou bien un accompagnement CD (Bach, par ex).

Il est important d’avoir de la musique. Demander à la famille pour le choix de la musique.

Attention aux musiques de variété : certaines peuvent passer ou être mises à la fin. Avoir du discernement sur la question. La famille doit savoir ce qu’est un service religieux.

L’idée est d’honorer la personne, nous sommes dans une église, dans le cadre d’un culte. Recadrer simplement le cas échéant.

Cantiques :

On chante des cantiques si :

- suffisamment de personnes sont présentes (pas 5 dans un temple de 200)

- si les personnes savent chanter.

A noter : il faut que les gens chantent si l’on met une chanson ou un cantique. Dans ce cas, il faut qu’il y ait des cantiques ou nécessité de faire des photocopies.

Question du don à l’église :

Parler aux familles du fait de faire un don à l’église. Cela permet à l’Eglise d’accueillir toute personne qui se tourne vers elle. L’Eglise ne vit que des dons.

Demander au CPle montant habituel pour un sf : quelle décision éventuelle a été prise ? Y a-t-il une fourchette de tarifs ou une somme prévue ?

L’Eglise a aussi besoin d’argent. Bien-sûr, ce n’est pas un service qu’on paie : si les familles sont pauvres, ne pas les faire payer. Mais il est important de ne pas se sentir gênés. Se renseigner auprès du CP.

Parfois, les gens ont un contrat d’obsèquesqui prévoit un montant à verser directement à la paroisse. Pour ces questions d’argent, ne pas se défausser sur les pompes funèbres et s’en charger.

L’Eglise : notion de gratuité essentielle, mais elle a des charges réelles, comme le chauffage et l’électricité, qui sont aussi importantes à prendre en compte, notamment dans cet accueil à tous.

Possibilité d’introduire le sujet par :

« Il serait raisonnable de donner… »

« Le CP a fixé un montant de … »

Libre participation, en fonction aussi de ses revenus.

Demandes potentielles de la famille : 

Peut-on apporter des photos du défunt ?

Ne pas les mettre sur le cercueil mais sur la table à côté.

Parfois certains mettent 2 photos dont l’une à côté du registre des condoléances.

Demande de projection dans le temple(ou par ex au funérarium) :

Notamment un montage avec des photos sur la vie du défunt. Indiquer que même au funérarium, on fait un culte. Donc, si le cas se présente, indiquer à la famille qu’elle peut faire sa projection après le culte, en tous cas que ce n’est pas possible pendant. Il est important de faire un vrai culte, avec une notion de recueillement.

Peut-on faire une Ste Cène ?

Ne la faire que s’il y a une demande et dans le cas de personnes très engagées. Mais ce type de demande est assez rare. C’est une question de sens, la famille doit en comprendre le sens.

Demande d’une prière ou d’une messe pour les défunts : 

Dans le protestantisme, nous avons l’assurance que Dieu accueille le défunt. Cela semble très peu par rapport au catholicisme. Dans le protestantisme, nous avons une seule conviction qui suffit. Se souvenir de la question de la médiation : dans le catholicisme, ça passe par l’officiant (le prêtre est « in personna Christi ») que le défunt aille à Dieu, mais ce n’est pas le cas dans le protestantisme. Rien ne nous sépare de Dieu. L’événement Jésus Christ nous permet d’affirmer que rien ne nous sépare de Dieu, rien en nous : on ne participe en rien.

CULTE D’ACTION DE GRACE : On peut rendre grâce à Dieu dans toutes les circonstances.

Même dans la peine, rendre grâce à Dieu pour ce qu’on a reçu de Dieu et pour ce qu’on a reçu du défunt. La dimension de la reconnaissance est importante, elle est un des fils qui conduit à la sortie du deuil. On peut travailler le souvenir du défunt de façon à ce qu’il ne pèse plus sur la vie des vivants. Quand on peut remercier de ce qu’on a reçu du défunt, ça porte en avant. 

Un culte d’action de grâce en soi peut se faire dans la peine (deuil) comme dans la joie. On peut dans un culte d’action de grâce, faire une prière pour remercier d’avoir obtenu des papiers longtemps attendus. Mais le mieux est de l’insérer dans le cadre d’un culte dominical.

- Question d’un culte 1 an après le décès ou 5 ans après le décès :

Dans le protestantisme, on ne multiplie par les cultes d’action de grâces. Mais on peut déplacer la demande. Par exemple, on peut faire un moment de prière en rapport dans un culte dominical pour remercier de ce qu’on n’a pas été vaincu par la mort, de la sortie (ex : culte des éprouvés, de ceux qui ont été endeuillés une fois par an).

On peut faire un culte « des éprouvés » (pour les vivants et non pour les morts) : un culte pour ceux qui n’arrivent pas à sortir du deuil, pour les aider, les soutenir dans leurs souffrances. C’est une manière de réintroduire de l’anthropologie dans nos théologies. 

RAPPORT AUX POMPES FUNEBRES :

On peut être approché par elles pour un service funèbre pour des personnes sans aucun rapport à l’Eglise. Signifier alors que l’on est dans une église particulière : il y a des choses qui ne se font pas (pas d’encens ou de gestes d’adieux).

Il est important de dire l’inacceptable pour soi et pour l’EPUF qu’on représente. On n’est pas n’importe qui.

O. Abel : « Pour accueillir les autres chez soi, il faut avoir un soi ».

Quand on est dans un lieu (temple, crématorium, funérarium, cimetière), quand on intervient, nous seuls décidons de ce que nous faisons.La seule contrainte est le temps. Si nous sommes là, c’est nous qui parlons. Pas de rajout à dire/faire, pas d’intervention des pompes funèbres. Etre vraiment ferme sur ce point.

QUESTIONS POSEES

CIRCONSTANCES INTERRELIGIEUSES (protestant/autre forme de religion)

Si le service se fait dans le cadre de l’église, ce sera dans le cadre (même si adaptations) en accord avec le CP.

On peut faire preuve de souplesse, mais il s’agit d’un culte. Certes l’Eglise se doit d’être accueillante et de faire place à la différence. Mais si c’est au temple, c’est un culte protestant, il y a des indispensables (lire la Bible, etc.).

Il faut que ce soit clair pour eux pourquoi ils nous ont demandé cela à nous.

CAS AVEC CATHOLIQUES :

Il peut arriver que toute la famille soit catholique et que seul le défunt soit protestant. Donc, la famille fait appel à nous car cela leur semble naturel que pour le défunt la cérémonie se passe au temple.

Mais, ne pas oublier que pour nous, en tant que protestants, le sf s’adresse aux vivants.

Ainsi, possibilité face à une famille catholique qui aurait vraiment besoin que le sf se fasse selon le rite catholique : « si c’est important pour vous (gêne réelle) que ça se passe à l’église catholique, vous pouvez y aller, car dans le protestantisme, le sf est pour les vivants ». Cela peut grandement libérer la famille. Il est important d’aider la famille à trouver son propre chemin. 

Si la famille, bien que non protestante, s’adresse à nous par fidélité au défunt (père ou mère par ex), si cela fait sens, c’est une raison importante à prendre en compte. En fait, il est nécessaire de se rendre compte si le sf aurait plus de sens ailleurs par ex.

Si des incroyantss’adressent à nous une personne non croyante, nous sommes néanmoins dans une démarche d’accueil.

GESTION DES EMOTIONS APRES UN SF POUR L’OFFICIANT

Un sf demande de l’énergie (dans la préparation et la cérémonie) : on porte et on soutient les gens et cela peut être lourd. Un sf peut aussi soulever des émotions.

Il est important de ne pas prévoir tout de suite une activité après, de ne pas reprendre tout de suite le travail. En effet, on peut être confronté à une baisse d’énergie, l’entretien a pu soulever des choses en nous. Il peut y avoir besoin d’un temps nécessaire pour que la tension diminue. On peut prévoir une demi-journée de retrait, se mettre au calme pour tout poser. Dans ce qui se passe dans un sf, on n’est pas indifférent, des émotions sont soulevéeset on n’a pas le temps de penser à soi. Mais il est nécessaire de le faire après.

Au funérarium, avant la mise en bière, on peut être mis face au cadavre :

Il est important de réfléchir avant sur :

- ce que représente la mort pour nous

- ce que représente le corps du mort.

Il faut réfléchir à cela. Car il est trop tard de le faire au moment du sf où il y a beaucoup d’émotions de la famille. Ne pas être entraînés par notre bouleversement intérieur ainsi que celui des autres. Il est important de faire en sorte que les choses avancent, d’aider les gens à avancer. Notre rôle est d’accompagner les gens pour qu’ils ne se sentent pas seuls, de mettre les choses dans une juste distance.

Face à un corps mort : réfléchir à ce que ça représente pour nous, car il peut y avoir un temps de sidération (corps mort = immobilité définitive, radicale). Il peut être impressionnant de voir un corps mort. Il est important d’y penser avant afin de ne pas être trop affectés nous-mêmes.

Penser à notre propre accompagnement :

On a été écoutant et il est nécessaire aussi d’être écouté.

Le pasteur doit être accompagné. Face à des émotions qui nous submergent, avoir un lieu où déposer tout ça. En tant qu’officiant, on peut ainsi voir un pasteur. Penser au lieu d’accompagnement d’écoute.

Si on a vécu des deuils de proches, les revisiter :

Cela donne une base sur laquelle on peut avancer hypothétiquement. 

Quand on est trop affecté, on se ferme, on a alors moins de présence et d’écoute. Il est donc important de réfléchir avant.

RAPPORT AU CORPS

Dans le protestantisme : nous avons la conviction profonde que les défunts sont recueillis en Dieu. Nous n’avons pas à nous demander ce qui va se passer.

Pour la famille : le défunt, c’est encore la personne(envie de lui parler, de l’embrasser). Mais ce n’est plus possible de manière immédiate. Pour certains, le corps mort est encore la personne vivante. Il faut couper cela, s’en détacher. On peut en parler.

Cas d’un corps donné à la science(état de mort récente, pas de thanatopraxie : joues creuses, yeux enfoncés) : très dur.

Dans le cas d’une crémation : l’urne est restituée à la famille et l’urne est à placer dans un columbarium. On peut dialoguer avec la famille sur le corps du mort.

L’urne va-t-elle au temple ? Elle peut passer directement par le funérarium.

L’urne dans le temple manifeste un attachement au corps qui n’est plus là. On peut envisager un accompagnement au columbarium(après réception sous 3 mois).

Dans le temple : pas de nécessité de l’urne, on peut faire un culte d’action de grâce.

Les deuils se vivent très différemment selon les gens, les décès. Ne pas se laisser aller à des formules généralisantes. On peutvivre le deuil sans avoir de corps.

PHASE AVANT LA MORT

Comment accompagner un mourant ? Grand désarroi : que dire ? Que faire ?

Se souvenir que le mourant est une personne vivanteet chercher à savoir :

- de quoi elle a envie ?(chant ? lecture ? autre ?)

- de quoi elle a besoin ?(elle peut manifester ou cacher sa peur).

Quels textes bibliques ou chants ?

Poser la question à la personne : on peut lire ? Y a-t-il un passage que vous voulez entendre ?

Proposer à la personne mourante : 

- prière

- lecture biblique (choisie ou non par la personne)

- chant (que la personne aime).

Proposer à la personne mourante quelque chose qui lui fasse plaisir : si elle a un texte qu’elle veut entendre, lui lire. Ce peut être la lecture du texte de dimanche dernier. Si on propose de choisir, on peut proposer le texte du dimanche, pas forcément un texte spécifique à sa situation de mourant.

Objectif : aider cette personne à accepter qu’elle va mourir, l’apaiser face à la mort qui représente l’inconnu. Qu’est-ce que je vais pouvoir dire ou faire qui pourra aider cette personne ? Etre en phase avec la personne.

Si craintes, message de paix à apporter : « n’aies pas peur, tu es attendu quelque part », faire notre deuil en Christ.

Souvent un sentiment de solitude : il n’est pas toujours nécessaire d’apporter des mots, on peut juste prendre la main. On peut se taire et juste donner la main : signe d’une présence aux côtés de la personne.

Les proches du mourant :

Sentiment de solitude

Pour un proche, c’est difficile de faire face au mourant. Il y a la pensée « je ne vais plus voir mon père/la personne », il y a cette peur qui paralyse. Il est nécessaire de faire taire cette peur afin d’être pleinement présentpour la personne qui est encore là.

La mise en bière :

On referme le cercueil : c’est l’au-revoir, la séparation d’avec le mort, le moment où la famille peut se dire « c’est fini ».  

APRES-MIDI : PREPARER UNE PREDICATION POUR UN SF

CONSTRUCTION :

  1. Longueur de la prédication :

La prédication ne doit pas être trop longueet doit l’être encore moins si elle se fait au crematorium ou au funérarium.

Si l’on fait, par ex. 5 pages pour une prédication dominicale, on fait 3 pages pour une prédication dans le cadre d’un sf. La prédication ne doit pas dépasser 10 min

Elle doit faire entre la moitié et un tiers d’une prédication dominicale. Si une prédication dominicale fait 1500 mots, celle pour un sf fait par exemple 719 mots, soit 8 à 10 min.

Adaptation selon le lieu

Si l’on fait 3 pages pour une prédication au temple, faire 1page ½ pour une prédication au cimetière.

  1. 2.   Style : 

Sobriété protestante : Il est nécessaire d’être sobre et percutant.

Ne pas chercher à tout dire de ce qu’on trouve dans un texte mais suivre un fil sans se disperser. Lors d’un sf, la prédication est très écoutée.

Etre simple, bannir le vocabulaire habituel théologique : parler en français courant.

Objectif : dire en prédication ce qu’on peut entendre du texte qui puisse rejoindre les famillesen deuil. La prédication dans un sf est à la fois l’annonce de l’Evangile, ce dans des circonstances particulières. Le but du sf est d’aider les gens à passer le deuil en leur donnant l’espérance de la sortie du deuil.

  1. 3.   Contenus :

Parler un peu du défunt(être en résonnanceavec ce qu’on a entendu de sa vie). Mais la prédication ne doit pas être saturée du défunt car il s’agit justement de le quitter. Ce qui est important est la vie à vivre. Les souvenirs du défunt ne doivent pas être des poids.

La prédication doit contenir des éléments qui vontaider les vivants à vivre. Le défunt ne doit pas devenir le modèle à suivre.Son parcours peut avoir certains échos pour nous les vivants, il y a certains éléments de son parcours dont le sens peut être offert à tous (par ex. le fait le que le défunt lui-même ait un vécu en ce qui concerne les deuils). Partir des éléments communs par le défunt et le reste de l’humanité : donner à entendre les éléments partageables. Dans ce cadre, il ne faut pas être trop précis (cela demande juste que la famille en ait parlé).

Il est important de faire un lien, en tous les cas, entre ce qui est dit et la vie du défunt.

EXERCICE SUR LE PS 23

1)    Structurer le textedu Ps 23 (souvent pris comme texte dans les sf)

+ Faire état de ce que nous dit le psalmiste en 2-3 points.

Plusieurs possibilités et exemples donnés.

Par ex : 

- V.1-3 : Repos/abondance, Dieu soutien/guide

- V.4-5 : Difficultés/combats dans la vie, confiance : pas de crainte à avoir

- V.6 : Avenir et assurance en Dieu, reconnaissance.

Plusieurs points marquants : 

- Notion de proximité de Dieu, qui comble nos besoins, sa présence qui guide et soutien

- Confiance dans l’épreuve : notion de protection

- Reconnaissance en forme de confession de foi

Autres idées :

- huile sur la tête : onction, attention de Dieu pour la personne, importance particulière de la personne pour Dieu.

- réconfort, espérance : notion de paix

2)    Comment utiliser les éléments du texte dans une prédicationadaptée au sf ?

Comment peut-on utiliser les éléments soulevés dans une prédication de sf ? Quelle interpellation ? Qu’est-ce que le psalmiste veut nous dire à partir de ce texte ?

Face à ce type de textes que l’on connaît par cœur, comment annoncer l’Evangile aux familles en deuil et à des gens pas particulièrement croyants ? Ceux qui nous écoutent ne connaissent pas forcément l’Eglise/ce texte et vivent un manque cruel. Comment proposer ce texte du Ps 23 en situation (la situation évoquée par le psalmiste est peut-être antérieure à celle qu’il décrit maintenant dans le psaume)  

Comment ce psaume peut rejoindre ces gens qui ne lisent pas ce texte habituellement ?Comment, à partir de là où les gens sont, les amener vers la paix, le repos.

« Le mal que je ne crains pas » : or, les gens peuvent avoir encore beaucoup d’adversité (ruptures, décès). Le Seigneur n’est pas celui qui nous protège de tout : on n’est pas épargné de tout mal, même lorsqu’on est chrétien.

« Pourquoi je ne crains rien ? » Accompagner les gens de la souffrance où ils sont vers la restauration, accompagner les gens vers le Restaurateur.

Dire des mots sur la peine, la douleur, le manque.

Le but de la prédication n’est pas de faire des croyants, mais de faire un bout de chemin avec eux. Partir de là où sont les gens.

Pour pouvoir dire « je ne manquerai de rien », il faut avoir manqué.On peut reconnaître ce qui nous manque : la paix, restauration, besoin d’un berger. Il y a quelqu’un qui manque à la famille dans le cadre d’un décès.  On passe tous par des périodes de manque. On peut manquer de nourriture, de reconnaissance… On a des adversaires. Il y a de l’adversité dans nos vies. Le défunt a connu de l’adversité également.

Nous avons tous connu la fragilité de nos existences et l’adversité. C’est quand on en a fait l’expérience et quand on a conscience que ça ne nous sera pas épargné, même si on est croyant, qu’on peut affirmer ce que dit le psalmiste.

Construire quelque chose à donner : quel message vais-je leur apporter dans la situation où ils sont ? 

Dans toute situation, les gens ne sont pas livrés à eux-mêmes, même le défunt dans la mort (cette inconnue) n’est pas livré à lui-même. Nous ne sommes pas livrés à nous-mêmes dans la vie comme dans la mort.

Important de délivrer un message qui soit une Bonne Nouvelle.

Le psalmiste, David face à ses adversaires : image de l’hôte qui reçoit son invité avec un honneur immense (huile d’onction). 

Chacun de nous est regardé par Dieu. Il n’est pas moins que rien mais très précieux face à ses adversaires. Nous sommes très précieux aux yeux de Dieu.

Idée du repas, de la table toujours prête :

Ste Cène : morceau de pain qui préfigure l’abondance dans le Royaume.

L’huile dans Ps 23 :

- 1ersens : sert à la guérison des blessures (onction des malades) dans les pérégrinations (chemins caillouteux, difficiles).

- 2èmesens : huile pour une personne importante, l’onction du Messie

Pour des personnes qui sont abattues, dans le cadre d’un décès : ça fait du bien d’entendre dire qu’elles sont très précieuses, ont de la valeur, alors qu’elles se sentent faibles et désemparées.

La notion de présence et d’humanité dans la solidarité du vécu :

Le deuil peut être vécu comme un abandon. Mais nous ne sommes pas seuls.

Quand on a peur ou mal, c’est souvent lié à un manque, parfois de choses vitales.

La peur entraîne alors la fuite ou l’agressivité. Nous ne sommes pas condamnés à la peur : c’est l’opposé du chacun pour soi 

Ce que dit le psalmiste « ne pas craindre le mal » : par son expérience, il est solidaire de tous ceux qui souffrent. Ce psaume me rend plus humain et m’invite à me tourner vers les autres, même s’il est exprimé en »je ».

Se laisser porter par l’Esprit pour lutter contre la peur :

Pour vivre « en confiance et en espérance », ça ne vient pas de moi, mais cela vient de Dieu qui m’insuffle son Esprit pour ne pas céder à la peur, à l’abattement.

A la fin du psaume se trouve une confession de foi.

Cela nous arrive d’être perdus, mais nous ne sommes pas abandonnés par Dieu + pas seuls : présence d’autres humains autour de nous.

Pourquoi m’a-t-on demandé de choisir ce texte là ?

Par exemple, cela peut être car la maman l’aimait.

On peut présenter deux approches :

- la 1ère : douceur du psaume sur la douleur, mais aussi présence d’une puissance venue d’ailleurs. Texte parle d’affermissement.

- la 2ème : ce que ce psaume représente pour l’Eglise.

A noter :

On peut faire 4 prédications différentes sur le même texte.

Les différences vont notamment tenir au fait qu’il s’agit de non croyants ou bien d’une assemblée d’église au niveau de l’auditoire.

 

RESSOURCES

- « Etre en deuil », d’A. Nouis / Meromédia.

Méditation à partir de Lc 24 : disciples désemparés sur le chemin d’Emmaüs font une relecture et une annonce est possible.

« Protestants dans la ville » : Le pasteur Castelnau propose des textes de liturgies.

Site de l’EPUF : toutes les liturgies dont luthériennes

EPUdF – Onglet « Vivre l’Eglise » - Onglet « Prière et culte » - Télécharger les liturgies (réformé/luthérien).

On peut également s’abonner pour recevoir les prédications et les notes bibliques/exégétiques.

« Lire et Dire » (revue suisse pour prédicateurs laïcs. 3 numéros spéciaux sur les sf proposant un bon choix de textes intéressants)

On peut les retrouver en interne (sur le site), à la faculté.

Il existe des études de texte en vue de la prédication. « Lire et Dire » indique aussi les écueils à éviter, les pièges de lectures à bon marché. Bon outil.

Lire et Dire, Spécial services funèbres, n°14, octobre-décembre 1992
Lire et Dire, Spécial services funèbres, n°41, juillet-septembre 1999
Lire et Dire, Spécial services funèbres, n°69, juillet-septembre 2006

POUR APPROFONDIR :

Coll., sous direction de Raphaël Picon, La mort, le deuil, la promesse.

Le sens et les enjeux du service funèbre.

- Dvd « Etres en deuil » (musiques du pasteur Jean Christophe Robert, extraites de chants juifs et chrétiens).

- Cd audio/livret « Accompagner le deuil ».

- ETR 1993/3 tome 68, « L’écoute-accompagnement du pasteur ».

Il existe également des petits livrets d’aumônerie qui permettent d’improviser rapidement quelque chose le cas échéant.

- Jacques Ellul, « Mort et espérance de la résurrection » (Préface Claude Baty, conférences).